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1930 : Macron instrumentalise l'Histoire et exploite les peurs

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L’apitoiement est le symptôme de notre temps, de ses créations et de ses traditions. Emmanuel Macron en est la représentation. Du haut de son palais jupitérien, dans la solitude du pouvoir, il se trompe d’Histoire, ne percevant pas que c’est l’Histoire qui l’a abandonné.

Emmanuel Macron est le Président d’une nation qui n’ose s’identifier, que l’Histoire veut dissoudre, pour laquelle les drames sont enterrés, abolis, comme endoloris au bonheur d’un homme dopé à la consommation, spectateur déambulant dans les rues d’une société livrée aux délices du perpétuel et envoûtant divertissement. Subordonnée à un système financier dominateur, la politique se soumet et renonce à sa vocation qui consiste à faire l’Histoire, à l’incarner par l’action.

Il se laisse tenter d’en faire une entreprise de communication

Le jeune Président semble désemparé devant le miroir de l’Histoire. Il se laisse tenter d’en faire une entreprise de communication, une démarche parmi d’autres de son accroche narrative, qu’il mystifie en un appel au sursaut. Ainsi, dans une interview à Ouest-France, publiée le 1 novembre, le Président français, qui s'apprêtait à passer une semaine d'itinérance mémorielle dans l'est de France, a effectué un parallèle entre la situation actuelle et celle qui prévalait dans les années 30 :

"Je suis frappé par la ressemblance entre le moment que nous vivons et celui de l'entre-deux-guerres. Dans une Europe qui est divisée par les peurs, le repli nationaliste, les conséquences de la crise économique, on voit presque méthodiquement se réarticuler tout ce qui a rythmé la vie de l'Europe de l'après-Première Guerre mondiale à la crise de 1929. Si nous avons gagné la guerre, nous avons perdu la paix. Parce que cette victoire s'est construite sur l'humiliation du partenaire allemand. Le traité de Versailles a préparé les frustrations à venir."

Cette tentative maladroite met en évidence l’inexpérience que le Président laisse ainsi transparaître à l’image des élites de notre époque. Hésitants, empruntés, maladroits, hautains, équivoques tâtonnants, instables et trébuchants, nos élites dirigeantes convoquent le passé par peur d’affronter l’avenir inquiétant. Ce non-sens est le fruit d’une démesure mémorielle, caractéristique d’une époque qui ne cesse, à longueur de temps, depuis bientôt 60 ans, d’instrumentaliser la politique et l’Histoire.

Il confirme que l’Histoire restera toujours un moyen de projection idéologique

Faire référence à l’époque précédant la deuxième guerre mondiale, pour définir la situation actuelle, a comme objectif de réanimer des peurs inconscientes, exacerber des croyances anxiogènes aisément identifiables, de promouvoir la crainte d’une crise économique ravageuse. Projeter l’avant-guerre fonctionne toujours dans la conscience collective comme le glas, la sonnerie des cloches signalant l'agonie, la mort.

Macron se complet dans une posture de "prêt-à-penser"

Ce type de comportement consistant à brandir le passé comme un éventail démontre l’impossibilité à penser le présent, l’inaptitude à comprendre le temps présent et la nature des menaces, des défis. Comble de la comparaison, ce qu’il y a de commun entre les années présentes et celles de l’horreur des années 39-45 ne fait pas partie de la tirade présidentielle.

Macron se complet dans une posture de "prêt-à-penser" qui lui évite l’effort d’appréhender le réel. Il étanche sa soif dans les ressources d’une historiographie sur mesure pour s’économiser une réflexion sur les impasses de l’Europe de Maastricht et les inquiétants défis identitaires contre lesquels il doit ériger un nouveau mur. Mais il préfère les chimères et donc évoque le combat que les progressistes doivent mener contre les nationalistes au pouvoir dans des pays comme la Hongrie, l'Italie ou la Pologne, notamment en vue des élections de mai 2019 pour le Parlement européen.

En fait, Macron n’innove rien. Il confirme que l’Histoire restera toujours un moyen de projection idéologique, de mobilisation facile, une arme fantasmagorique. Il l’intègre dans sa logique de communication en la résumant dans une signification simpliste et démunie de toute affectivité et compassion. Il agit comme ses opposants qu’il entend combattre, laissant voir la faiblesse de ses convictions et l’incertitude de ses intentions face aux événements.

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