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Charles Aznavour : un exemple d’assimilation

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Aznavour est mort et la France pleure l’un des pères de la chanson française. Les mélomanes adoraient Charles, le fils d'Arméniens devenu un symbole de la culture française.

Shahnourh Varinag Aznavourian est né à Paris, le 22 mai 1924. Son prénom n'étant pas reconnu par la loi française sur l'état civil et étant tout simplement imprononçable, la sage-femme le francisa. Le prénom Charles fut choisi. À l'âge de 9 ans, Charles décida de son nom de scène qui l’accompagnera toute sa vie : Aznavour. Avec ce nom d’artiste, il enregistra près de 1200 chansons interprétées en plusieurs langues (français, anglais, italien, espagnol, allemand, arménien, etc.) et écrivit plus de 1000 chansons, pour lui-même ou pour d'autres artistes. Charles Aznavour est devenu l'un des chanteurs français les plus connus dans le monde.

Les premières difficultés du "Quasimodo" arménien

Charles Aznavour n’a pas toujours fait l’unanimité. Des critiques virulentes sont venues jalonnées le début de sa carrière. Remarqué en 1946 par Édith Piaf, il part d’abord en tournée en France et aux États-Unis en 1947-1948. Il deviendra ensuite l’homme à tout faire de Piaf pendant 8 ans. Entre 1950 et 1955, il écrit plusieurs chansons pour Gilbert Bécaud. C’est à cette période que les premières critiques commencent à pleuvoir sur le jeune d’origine arménienne. On le compare à Quasimodo en se moquant de son physique et sa voix en irrite plus d’un. Mais Charles Aznavour ne se démonte pas :

"Quels sont mes handicaps ? Ma voix, ma taille, mes gestes, mon manque de culture et d'instruction, ma franchise, mon manque de personnalité. Ma voix ? Impossible de la changer. Les professeurs que j'ai consultés sont catégoriques : ils m'ont déconseillé de chanter. Je chanterai pourtant, quitte à m'en déchirer la glotte."

Triomphe au Maroc, censure en France

En 1953, lors d'une tournée au Maroc, il connait son premier succès. À Casablanca, le public lui fait un triomphe, alors qu’en France, Aznavour rencontre l’indifférence et parfois même l’hostilité lors de ses prestations sur scène. Remarqué à Marrakech par Jean Baudet, directeur du Moulin-Rouge, Aznavour va finir par se produire durant 3 mois dans le célèbre cabaret parisien. En juin 1955, il est à l'affiche de l'Olympia. Sa chanson Sur ma vie connait un véritable succès, même si les critiques affluent toujours, moquant toujours sa voix et son physique.

Avec ses nouvelles chansons Après l'amour et Je veux te dire adieu, il se voit opposer encore plus de critiques et de censures. Cependant, la reconnaissance de son talent ne se démentira plus, "la France est aznavourée". Sa carrière continue et, en 1960, il signe avec la maison de disques Barclay. Il a alors 36 ans. Sa carrière va prendre définitivement son envol avec la chanson Je m’voyais déjà. Dans la salle de l'Alhambra, c’est un tonnerre d'applaudissements.

Charles Aznavour, un français de nationalité et de cœur

C'est un triomphe qui fera éteindre les principales critiques. Un triomphe qui débutera le destin français de Charles Aznavour, ce fils d’Arméniens devenu pleinement français de nationalité et de cœur. Un jeune issu de l’immigration, dirait-on aujourd’hui, qui s’est assimilé à la culture de son pays, qui a profondément aimé sa nation, qui n’a jamais manifesté un rejet de la France, malgré les critiques. Un destin français se construit dans la difficulté. L’assimilation est un combat. Mais au bout du compte, Charles Aznavour est devenu un exemple, un modèle, un père pour beaucoup d’arméniens vivant en France. Il a porté son prénom français avec fierté.

"Je suis Français, d’abord dans ma tête, dans ma manière d’être, dans ma langue… J’ai abandonné une grande partie de mon arménité pour devenir français… Il faut le faire ou il faut partir."

Un interprété formidable qui a incarné la chanson française alors qu’il était fils d’immigré. Chez lui, il parlait arménien, sur scène, il sublimait la langue de Victor Hugo. Amoureux des mots, il collectionnait même les dictionnaires.

Le meilleur ambassadeur de l’Arménie

Charles Aznavour a montré qu’un français, profondément attaché à sa patrie, pouvait également en aimer une autre. Après le terrible séisme de 1988 en Arménie, le chanteur mit à contribution sa célébrité internationale pour apporter un soutien au pays d'origine de ses parents, encore sous le joug communiste. Il récolta des fonds pour venir en aide aux populations sinistrées, grâce à sa fondation "Aznavour pour l’Arménie" et le tube Pour toi Arménie, enregistré avec la collaboration de plus de 24 artistes, dont Julien Clerc, Michel Delpech, Johnny Hallyday, Alain Souchon, Vanessa Paradis et Michel Sardou. Il a aussi participé au combat contre le négationnisme d’État de la Turquie qui, jusqu’à aujourd’hui, refuse de reconnaître le génocide arménien. Tous les arméniens le portaient dans leur cœur, lui excusant même d’avoir supprimé le "ian" à la fin de son nom Aznavourian. C’était le sésame de leur reconnaissance. "Je suis arménien" devenait "Je suis du pays d’Aznavour".

Et si pour Nathalie Mazet, animatrice minable de France Bleu Vaucluse, son décès mérite d’être fêté, comme elle l’a exprimé sur Twitter avec son message "Aznavour sexiste, raciste de droite bon débarras", pour beaucoup Charles Aznavour restera l'interprète de La Bohème, un homme libre et touchant. Un talent français qui va grandement manquer à la scène musicale. Un très grand qui a gagné sa place auprès de Jacques Brel, Georges Brassens, Jean Ferrat et Léo Ferré.

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