Netflix déchaîne la controverse avec son film Roma de Alfonso Cuaron

Tout le monde savait dans la profession que tôt ou tard un film distribué par Netflix remporterait un prix important dans le cadre d'un grand festival international de Venise. Comme tout le monde le sait maintenant, ce n'est aussi qu'une question de temps avant qu'un film de Netflix remporte l'Oscar.

Le Lion d'or remporté par le long-métrage à Venise marque une grande première pour la plateforme de streaming, lancée dans la course aux Oscars.C'est arrivé pour "Roma" grâce à Alfonso Cuaron et son Lion d'or pour déclencher la première vague de controverse. Avec cet événement, le point de départ d'une série de débats et critiques les plus disputés a été donné pour longtemps, et cela ne fera qu'augmenter dans les années à venir.

Cela signifie simplement que remporter des prix parmi les plus importants de l'art du cinéma et gagner une résonance plus large, pour un film doté d'ambitions culturelles et intellectuelles, peut désormais être réservée uniquement par les abonnés du service qui le distribue. C'est ce qui est répété par ceux qui s'opposent au changement de méthode de distribution d’œuvres cinématographiques et par ceux qui espèrent que les grands festivals suivent forcément ce que Cannes fait, c'est-à-dire interdire au niveau réglementaire la concurrence des films qui ne fournissent pas de sortie en salle.

Mais cela semble être une façon étroite de voir la réalité. Même s'il est vrai que ces films seront vus uniquement par les abonnés Netflix, il est également vrai que s’abonner à Netflix ne coûte, selon les pays, de 7€ à 14€ par mois, résiliable à tout moment, et qu’un seul billet de cinéma coûte généralement un peu plus cher, environ 4€ à 13€, selon les heures et les jours de la semaine. Il est vrai que tout le monde n’a pas accès, pour le moment, à une bonne qualité de connexion web, mais de la même manière, tout le monde n’a pas à proximité de chez lui une salle susceptible d'offrir un film de niche spécifique ou à la mode.

De plus, les séries qui gagnent les Emmys ou les Golden Globes, ou festivals de séries télévisées, sont souvent programmées par des chaînes payantes, mais cela ne semble jamais être un problème pour personne.

D'autre part les films de Netflix comme peut l'être "Roma", sortiront dans un certain nombre de salles "sélectionnées". Par exemple, "Sur ma peau", qui n’a rien gagné, film italien sur le cas de Stefano Cucchi acheté par Netflix, produira de bons revenus en salle pendant une courte période puis sera diffusé en ligne. Ce sera le cas pour pour "Roma" d' Alfonso Cuaron.

En fait, ce n'est pas simplement le problème. Ceux qui se plaignent de la victoire de Netflix, principalement des exploitants de salles de cinéma, le font parce que ces films, même s’ils sortent dans certains cinémas, ne respectent pas les fenêtres de distribution, la période qui doit s'écouler entre la sortie en salle et la sortie en ligne web via la location, à la demande ou encore via les plateformes de streaming. Cette période, d'environ trois mois, sert à canaliser les différentes exploitations pour éviter une guerre entre elles. Un film est diffusé en salle puis, au bout de trois mois, est mis en location via la télévision payante et devient disponible sur les chaines gratuites après un an.

Mais tôt ou tard, les films seront dans la salle et à la demande à peu près au même moment, ne laissant que ceux qui se soucient vraiment de ça pour aller au cinéma. Netflix a maintes fois exprimé l’idée d’acheter une chaîne, cela arrivera tôt ou tard. Cela signifierait payer un abonnement et inclure à la fois la diffusion en continu et l’entrée dans la salle et la liberté de programmer leurs films simultanément sur grand et petit écran. Si Netflix ne le faisait pas, son rival, plus riche et plus puissant, c'est à dire Amazon Prime, le fera.

C’est probablement le grand changement dans la réalisation de l’audiovisuel dans les années à venir, qui modifie complètement le rôle des salles, exactement ce que les exploitants de salles ne veulent pas. Pour beaucoup de cinéphiles, il s'agira alors d'une perte, car le cinéma en salle est aussi un spectacle qui apporte un plaisir particulier, mais il est également vrai que, depuis une vingtaine d'années, le cinéma est moins attractif. Les spectateurs se sont concentrés sur des superproductions retentissantes perçues comme des événements, le film "Avatar" en fut un exemple, et ne manifestent pas trop d’intérêt pour les films courants.

Le public provoque le changement ce qui oblige l'industrie du cinéma à se tourner vers de nouveaux acteurs pour perdurer. Qui aurait produit et distribué un film comme "Roma" si Netflix ne l'avait pas fait ? Et combien de fois cette même question pourrait se poser ? Depuis 30 ans personne n'a accepté de produire le film "Silence" de Scorsese, et voilà que le prochain projet du grand metteur en scène se fait directement avec Netflix. Les exemples de cinéastes qui passent du grand écran au petit écran sont, chaque jour, plus nombreux, parce que, sur ses propres écrans, TV, tablette, smartphone, le public est davantage disposé à voir les films disponibles.

Le Cinéma a encore de beaux jours à vivre. Il existe une grande différence entre la vision d’un film en salle, surtout sur les très grands écrans, et celle que les écrans digitaux permettent. En salle, dans l’obscurité, installé confortablement, entouré d'autres personnes venus pour voir le même film, nous sommes attentifs et complètement concernés par le déroulement du scénario, tout à l'écoute des dialogues et de la musique qui accompagnent la pellicule qui défile sur la toile, nous percevons les tensions, les émotions des acteurs, nous sommes dans l'écran, nous sommes au spectacle. D'ailleurs nous n'aimons pas "La dolce Vita" ou "Le parrain" parce que nous avons vu ces films sur de petits téléviseurs, mais parce que ce sont des chefs d’œuvres.

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