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Vivre-ensemble : quand l'appartenance religieuse empêche la cohabitation

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La question de l'appartenance religieuse tient une part majeure dans la définition d'une nation. Lorsque les préceptes religieux d'une communauté deviennent trop prégnants pour s'en détacher, et qu'ils s'opposent à la culture dominante du pays, le vivre-ensemble est menacé.

La Reconquista ("Reconquête") est une période où les royaumes chrétiens d'Espagne ont tenté de reconquérir les territoires occupés par les musulmans. Beaucoup de musulmans étaient anciennement des chrétiens, convertis de force à l'Islam après l'invasion musulmane débutée en 711. Lors de cette Reconquista, qui a duré près de III siècles (moitié du XIIe - 1492), les seigneuries vont progressivement initier une politique de christianisation de la société, pour éviter les révoltes, les persécutions et les violences religieuses contre les musulmans (et les juifs). Les musulmans vont être obligés de retourner leur foi vers le christianisme, et de faire abstraction de leurs héritages religieux.

Les Mudejars ne s'assimilent pas

En 1492, la Prise de Grenade va signer la chute du dernier bastion de l'Islam en terre espagnole. En 1502, les Rois très catholiques d'Espagne vont expulser les musulmans non convertis. Les musulmans convertis de force au christianisme et leurs descendants vont pouvoir rester en Espagne. Ils deviennent des sujets des royaumes chrétiens, des "Mudejars". Cependant, pendant cette période de tolérance, cette importante population espagnole continuait à se vouloir musulmane. Les Mudejars ne s'assimilent pas. En 1609, un édit entraîne l'expulsion définitive des Mudejars d'Espagne.

Cette période historique met en lumière la difficulté de quitter son appartenance religieuse au profit de sa nation

Lors de la Reconquista, l’Espagne a pu se rendre compte de l’efficacité des stratégies déployées par les musulmans vivants dans la péninsule ibérique afin de préserver l'essentiel de leur culture et de leur pratique de l’Islam, malgré le contexte politique et sociétale qui était celui de l'inexorable reconquête chrétienne.

Cette période historique met en lumière la difficulté de quitter son appartenance religieuse au profit de sa nation et de sa culture ancestrale. Pourtant, l'identité d'une nation est aussi question d'appartenance religieuse.

La démocratie n’est pas sans valeur, mais elle est laïque

Faire un détour par l'Histoire est utile pour comprendre ce qu'il se passe aujourd'hui, dans une société de laïcité, où s'opère la séparation du religieux et du politique, où le pouvoir ne doit pas tenir compte des religions. La démocratie n’est pas sans valeur, mais elle est laïque, elle ne peut être induite d'aucune croyance particulière. Mais elle peut se fonder sur des valeurs qui ont des motivations religieuses considérées comme universelles.

Les difficultés des démocraties agressées par le nombrilisme, les rapports délicat entre religion et Etat, qui n’ont pas les mêmes logiques, le questionnement sur les finalités du vivre-ensemble, conduisent à l’interrogation sur les fondements de la démocratie elle-même.

Le règne de l’émotion prend le pas sur la politique

Les religions n'ont pas contribué à remplir les conditions suffisantes pour permettre une vie commune acceptable. Des tensions entre chrétiens et musulmans sont de nouveau l'occasion de conflits. Le règne de l’émotion prend le pas sur la politique dans la gestion de la cité où la loi commune n’est plus entendue.

Ce n’est pas le choc des religions, mais des races et des cultures qui est monté en épingle ; or, c’est le choc des fondamentalismes, et notamment du fondamentalisme musulman avec la civilisation démocratique, qui ne peut pas être accepté.

Cette expérience historique montre la très forte relation qui existe entre la religion et la vie sociale

Le combat contre les fondamentalismes devient un combat de religions. Alors tout espoir d'une entente disparaît. Cette expérience historique montre la très forte relation qui existe toujours, dans tous les pays, entre la religion et la vie sociale. Chaque pays s'identifie, plus ou moins ouvertement, à une religion particulière sur laquelle reposent ses valeurs fondamentales, sa culture et ses coutumes.

La religion est donc toujours incluse dans les dynamiques sociales. Assis sur de nouvelles structures sociales créées par la mondialisation et la globalisation des sociétés, apparaît un nouveau type de religiosité individualiste. Les fondamentalismes trouvent ainsi un terrain favorable qui favorise leur prospérité fortifiée par la désorientation et la perte des traditions religieuses.

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