Français, vous pouvez défendre toutes les identités sauf la votre

Notre compréhension de l’identité s’est peu à peu appauvrie depuis le début des années 1980. Le mot est monté en puissance dans le langage commun pendant que la réalité identitaire était dissoute par un pouvoir mondialiste.

Le mot "identité" a été pris dans des acceptions politiques, et même politisées. Ce mot est connoté plutôt à droite en France et renvoie, plus ou moins explicitement, à l’identité nationale, "l’identité de la France", alors qu’elle n’est qu’une parmi bien d’autres façons de concevoir l’identité d’un individu.

Dans la vision essentialiste, on imagine l’identité française comme une entité substantielle, qu’il faudrait maintenir et protéger. Les travaux des spécialistes de gauche mettent bien en évidence une variabilité historique des définitions de l’identité d’une nation, qui invalide de fait la conception essentialiste. Toute identité est soumise à une temporalité qui interdit de concevoir une nation comme une "substance" inaltérable.

L’assimilation n’entraîne pas forcément la perte d’une culture

Il existe une consistance de l’identité en tant que représentation mentale partagée : une idée, au sens cognitif, en même temps qu’un idéal, au sens normatif. Il ne faut donc pas essentialiser ni nier l’identité nationale, mais l’analyser comme une représentation collective portée par des institutions, historiquement construite, plurielle, contextuelle, mais qui n’en a pas moins des effets concrets, parfois puissants.

Dans nos débats sur l’identité, l’exemple juif me semble instructif. Il nous montre qu’il est parfaitement possible d’être fidèle à une religion, à une culture, à un peuple, tout en se revendiquant et en se sentant appartenir à une nation. "L’israélitisme" à la française est l’exemple même d’une assimilation, et pas seulement d’une intégration, où l’on peut se sentir Français, vivre comme tel, tout en pratiquant sa religion. Cela signifie que l’assimilation n’entraîne pas forcément la perte d’une culture. Cet exemple rappelle que l’identité est faite de plusieurs facettes, plus ou moins activées en fonction des contextes.

L'identité n'est donc ni une notion molle, signifiant tout et n'importe quoi ni, à l'opposé, une réalité substantielle qu'il suffirait d'observer.

S'appuyant sur la compilation de nombreux travaux produits dans différents domaines, anthropologie, sociologie, psychologie sociale, psychanalyse, histoire, l'ouvrage de Nathalie Heinich, Ce que n’est pas l’identité, montre qu'il s'agit d'une expérience à la fois importante et dûment structurée, ainsi que d'une notion parfaitement utilisable.

Mais il faut pour cela s'abstenir de réduire la question de l'identité à un camp politique, ou à la seule dimension de l'identité nationale, ou encore à une conception essentialiste et unidimensionnelle : ce pourquoi la meilleure façon de comprendre l'identité est d'en passer par ce qu'elle n'est pas. Au terme d'une telle analyse, la notion d'identité apparaît comme non seulement compréhensible mais utile, en tant qu'elle permet de mettre en évidence les conditions d'une cohérence de soi dans les différents régimes d'existence, du plus individuel au plus collectif.

Notre père, délivre-nous du mal identitaire

Pour Gilles-William Goldnadel,  la question de l'identité s'est imposée au cœur du débat médiatique et intellectuel. Elle révèle les incohérences et les passions de notre époque, entre détestation de soi et adulation de l'autre. "Identitaire" ! Mon Dieu le vilain mot et la vilaine chose. Le 12 octobre, le journal Le Figaro du soir titrait : "La tentation identitaire des jeunes Républicains."

Le 29 janvier le même journal affichait "des catholiques contre la tentation identitaire" et décrivait sans grande aménité, dans la foulée de la Manif pour tous, ces catholiques de "la droite de Dieu" qui aurait pris conscience "qu'ils sont désormais une composante minoritaire d'une société largement déchristianisée."

Quelques jours auparavant le journal catholique et progressiste La Vie craignait, avec les mêmes mots, de voir les catholiques emprunter cette voie diabolique. Un livre d'inspiration élevée, Le Grand Malaise, de Laurent Dandrieu éveillait leur passion contre cette tentation.

Notre père, ne nous soumets pas à la tentation et délivre-nous du mal identitaire ! Mais il y a les mots et il y a les choses. D'abord les mots : l'idéologie multiculturaliste et quasi religieuse qui a encore la main sur les ondes post-chrétiennes mais qui perd pied sur la terre ferme, les utilise pour diaboliser et s'il le faut excommunier. Celle que j'appelle l'église cathodique ne fait pas commerce d'idées mais de sentiments para- religieux et les mots- principalement les adjectifs- dont elle use dans son catéchisme-sont employés comme vocabulaire liturgique ou objets immatériels de piété afin d'obtenir une réaction sentimentale de ce que j'appelle la foule médiatique.

Certaines épithètes utilisées par la communauté médiatique-non seulement dans un cadre polémique subjectif mais encore dans celui de l'information théoriquement objective -ont pour but, et pour effet, d'obtenir immédiatement du public un réflexe d'animosité. Des mots-revolver, sans rapport obligatoire avec le réel, sont employés rien que pour exclure du débat pseudo-démocratique.

Georges Orwell écrivait :

"Si la pensée corrompt le langage, le langage peut aussi corrompre la pensée."

Il semble que les retombées du génocide commis par les nazis soient la cause traumatique principale de l'idéologie victimaire névrotique qui tient encore la société politique et médiatique en otage. La liste déclinée des mots qui va suivre montre une nouvelle fois que le vocabulaire issu de la période génocidaire traumatisante est utilisé, consciemment ou inconsciemment, à des fins idéologiques quasi théologiques. En tout état de cause, c'est ce vocabulaire démonologique, et non un autre, qui est de nature à obtenir immédiatement du public travaillé au corps depuis un demi-siècle une réaction affective de rejet et de malédiction de grande intensité.

"Fasciste", "raciste", "extrême droite" "xénophobe", "islamophobe", "populiste"… et enfin "identitaire."

Bref, des mots-revolver, sans rapport obligatoire avec le réel, rien que pour exclure du débat pseudo-démocratique, pour excommunier ou pour provoquer la mort sociale. Le fait que ce soit l'église cathodique elle-même qui s'arroge unilatéralement ce droit d'étiquetage d'appellations non contrôlées relève d'un scandale démocratique d'autant plus scandaleux qu'il ne fait pas scandale.

Comme l'écrivait Aldous Huxley pour décrire les systèmes totalitaires même débonnaires en apparence :

"Toute doctrine mettant en cause le système doit d'abord être désignée comme subversive ou terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels."

Seule l'identité nationale occidentale a mauvaise presse lorsqu'elle est revendiquée

C'est ainsi donc que l'on doit traiter ces subversifs "identitaires" qui mettent en cause le système multiculturel. Seule l'identité nationale occidentale a mauvaise presse lorsqu'elle est revendiquée. J'en viens à présent à la chose. Reste en effet à tenter de comprendre ce que recouvre cette appellation qui se veut définitivement disqualifiant. L'identité religieuse, l'identité sexuelle, l'identité sociale ne posent pas problème. Le mot ne devient laid que lorsqu'il est accolé à national. Et encore. L'église cathodique n'en veut pas aux Tibétains, aux Palestiniens, aux sahraouis, de revendiquer leur identité nationale.

On en conclura donc que seule l'identité nationale occidentale a mauvaise presse lorsqu'elle est revendiquée. Dans ce cadre désagréablement identitaire, les attributs de l'identité sont détestables: historique, les racines ou géographique, les frontières, doivent être systématiquement déracinées et éradiqués. Il faut bien comprendre qu'il s'agit d'un combat au couteau qui se joue sous nos yeux. L'histoire de France doit être mondialisée, et les frontières du pays abaissées dès lors qu'un non-occidental entend les franchir fut-ce sans ses papiers d'identité mais en invoquant son malheur identitaire.

Dans ce cadre irrationnel autant qu'intolérant soyons transgressif jusqu'au bout et osons suggérer que dans le creux de la négation de l'identité française et occidentale se niche la détestation pathologique de l'identité blanche et judéo-chrétienne fantasmée. À ce stade de la transgression suprême, il ne coûte plus grand-chose, dans cette définition de la revendication de ses racines culturelles et de ses frontières géographiques, à s'avouer identitaire.

Consulter l'ouvrage Église et immigration : le grand malaise

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