Euro : le souverainisme invite au retour à une monnaie nationale

De nombreux intellectuels et politiciens soutiennent la nécessité d'une totale union des pays européens, n'envisageant pas l'abandon de la monnaie européenne. A contrario, le souverainisme, qui n’est pas forcément lié au nationalisme du XXe siècle, continue de gagner du terrain. De plus en plus de personnes ont la conviction que seule la souveraineté monétaire permet de gérer une nation et générer de la croissance.

Pour l’instant, le processus historique de l'Union européenne a toujours reposé sur des considérations essentiellement matérielles et mercantiles, en laissant de coté les caractéristiques culturelles, religieuses et historiques, volontairement minimisées, voire ignorées. Les ADN des nations sont rejetés, au point que le mot "nationalisme" est assimilé aux virus de la peste et du choléra. Alors que la souveraineté économique s’affiche fièrement aux Etats-Unis, en Chine, au Japon, au Royaume-Uni, et finalement un peu partout ailleurs qu’en Europe, elle est abolie dans le discours soporeux de l’élite intellectuelle et politique européenne.

Seule la souveraineté monétaire permet de gérer une nation

Le souverainisme est avant tout une ligne de politique économique fondée sur la conviction que seule la souveraineté monétaire permet de gérer une nation et générer de la croissance. C’est la souveraineté monétaire, au double sens de la possibilité accordée à la Banque centrale d'imprimer de la monnaie et de la possibilité de la dévaluer par rapport aux monnaies concurrentes, qui est l’arme irremplaçable de la survie d’une nation. Ce modèle signifie que l'expansion éventuelle de la dette publique est compensée par les obligations d'État achetées par la banque centrale.

Aujourd'hui, la notion de souveraineté est considérée comme étant principalement portée par les partis de droite, bien que d'importants économistes de gauche considèrent cette option comme souhaitable. L'architecture institutionnelle actuelle de la zone euro et les politiques d'austérité mises en œuvre depuis vingt ans sont néfastes aux économies nationales. L'UE a engendré des hausses très importantes du taux de chômage, des vagues de faillites d'entreprises, une baisse du taux de croissance et, contrairement à l'objectif promis et poursuivi, une forte augmentation du ratio dette publique sur PIB un peu partout en Europe. Aussi l’opportunité de reprendre sa propre monnaie doit revenir au centre des débats pour en confronter sérieusement toutes les conditions, conséquences et avantages, afin d’en évaluer réellement la pertinence.

L’économie ne dispose pas d'outils de prévision suffisants. Les prévisions sur le taux de croissance annuel, au cours des vingt dernières années, ont toujours été surestimées dans tous les pays de l'OCDE. Certaines erreurs cachent souvent des prévisions de croissance qui, rétrospectivement, se révèlent être des récessions. La plupart des économistes, à de rares exceptions près, n'ont pas prévu la crise de 2008.

Pour l'instant la vision dominante est basée sur la conviction qu'une économie de marché déréglementée tend spontanément à produire le plein emploi et, par conséquent, les crises économiques peuvent provenir exclusivement d'interventions extérieures, en particulier de mauvaises politiques fiscales ou monétaires. Plus généralement, par les interventions des l'Etats.

Le nouveau Franc se dévaluerait automatiquement par effet de sortie

Au cours des dernières années, des études plus ou moins scientifiques sur les coûts et les avantages que l'économie française retirerait de l'abandon de la monnaie européenne commune se sont multipliées, tout comme les propositions les plus variées de réforme de la structure institutionnelle actuelle. La plupart d'entre elles se concentrent sur des exercices de prévision, évaluant les coûts et les avantages de la sortie. Ce sont pourtant des exercices qui, au niveau de la théorie économique, sont fondamentalement hors de propos.

Dans le cas d'un retour à une monnaie nationale, le nouveau Franc se dévaluerait automatiquement par effet de sortie, avec des effets positifs sur les exportations, en conséquence sur l'emploi et sur le taux de croissance. La dévaluation pourrait également se produire spontanément, comme un ajustement de la valeur du nouveau Franc à un taux de change ajusté à l'euro. Les partisans d'un abandon de l'euro reconnaissent que le retour au franc entraînerait une augmentation significative des taux d'intérêt sur les obligations d'État. À cet égard, il faut se rappeler que, suite à l'adoption de la monnaie unique, les taux d'intérêt sur les titres de dette publique ont baissé.

Partout en Europe, la faible croissance de la productivité du travail est due à la baisse des investissements publics et privés et la baisse continue de la part des salaires dans le PIB. Ce sont les deux principales raisons de la crise de l'Union monétaire européenne, dont le symptôme est donné par l'augmentation de la dette publique par rapport au PIB.

Cependant dans les pays où le taux de croissance des salaires nominaux est supérieur au taux de croissance de la productivité, les exportations nettes ont tendance à se contracter. La réduction des exportations nettes entraîne une baisse de la demande globale, donc une baisse des recettes fiscales et, par conséquent, un besoin de financer les dépenses par une augmentation des taux d'intérêt sur les obligations d'État.

La monétisation de la dette consiste à l'achat d'obligations d'État par la banque centrale. C'est une pratique répandue dans de nombreux pays de l'OCDE, bien qu'elle ne se manifeste jamais sous la forme d'achat de tous les titres émis par un État. Bien qu'interdite par les traités européens et par les statuts de la BCE, cette pratique est pratiquée depuis 2015, sous couvert du soi-disant assouplissement quantitatif.

Devenez auteur, devenez weborateur !
Connectez-vous et proposez vos articles à la rédaction. Ils pourront être publiés dans le Journal.

Commentaires (0)

Proposer un article
Aucun commentaire publié pour l'instant. Soyez le premier !