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Le dollar concurrencé, les Etats-Unis misent sur l'effondrement de l'euro

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Au-delà de toutes les autres considérations, religieuses, ethniques, raciales, linguistiques, etc., l’origine de tous les conflits du monde peut se résumer à l’argent, ou plutôt à la monnaie, c’est-à-dire à la puissance de ses capacités d’échange, d’acquisition et de constitution de ses moyens de protection et d’agression. Toutes les civilisations se dissolvent et souvent disparaissent dans la précarité. Les raisons de la perte de leur puissance financière sont diverses mais, pour l’essentiel, elles se résument à la perte des raisons qui les avaient conduit à leur apogée.

Tous les médias, tous les représentants politiques, quasiment tout le monde s’emploient à parler à tout bout de champs, tout le temps, des présumés droits migratoires, pour éviter les questions économiques qui pourtant sont à l’origine de toutes les tensions perceptibles et croissantes à Bruxelles et à Strasbourg et dans toutes les capitales des membres de l’Union européenne.

Devant le gouffre creusé par les pertes financières que le Brexit implique, l’Allemagne rêve de pouvoir refiler la facture à un de ses sbires de l’Europe du sud et à ses dociles sous-traitants d’Europe centrale. Depuis plus de 2000 ans, l’Occident a toujours été le siège d’un empire mondial. Cela c’est vérifié depuis les Romains, les Francs, les Portugais, les Espagnols, les Hollandais, puis les Français et les Anglais. Chacune de ces entités, ces nations, a détenu un empire pendant des décennies, voire plus d’un siècle. Chaque empire finit par muté, par s’affaiblir, quasiment toujours par laisser la place à un nouvel empire naissant ou renaissant, comme c’est le cas de la Chine.

Le dollar représentait entre 90 et 95% des réserves monétaires mondiales jusqu'à la fin des années 1980

Nul besoin de longues explications pour comprendre l’immense avantage que représente une monnaie nationale qui est aussi la monnaie des échanges mondiaux, pour régner dans le monde. Le dollar représentait entre 90 et 95% des réserves monétaires mondiales jusqu'à la fin des années 1980. Seul le général Charles de Gaulle a osé se dresser devant cette hégémonie financière. Le Président français a payé cher son audace et en 1967, en demandant la restitution de l’or français, il reçoit, en 1968, une réponse sous forme de guerre civile pour solde de tous comptes, organisée par les sous-marins gauchistes à la solde des États-Unis. Un an plus tard, le 27 avril 1969, il démissionne pour mourir dans son salon de Colombey-les-Deux-Eglises, le lundi 9 novembre 1970.

Aux termes d’un accord secret passé avec l’Arabie Saoudite, en 1971, les Etats-Unis prennent l’engagement de liquider tous ceux qui tenteraient de faire commerce de pétrole dans d’autres monnaies que le dollar. Evidemment, le prix du pétrole a été multiplié par 12, ce qui conduit l’Europe occidentale à utiliser toutes ses réserves de dollars pour ses achats de pétrole. Aujourd'hui, un peu moins de 60% des réserves mondiales sont en dollars (par rapport à 95% il y a 50/60 ans).

Le monde fonctionne réellement ainsi. Il n’y a pas la moindre conspiration qui existe, tout est visible, vérifiable, calculable. L’Empire mondial du moment agit toujours ainsi. Mais le revers de la médaille, c’est que les dépenses et les énergies pour défendre une hégémonie sont nettement supérieures aux dépenses et aux énergies nécessaires pour créer un nouvel Empire mondial. C’est ce que fait la Chine, que ne savent pas faire l’Europe, l’Inde, la Russie, et ce que l’Allemagne rêve de faire.

L’euro n’est rien d’autre que le mark des européens

Au cours du siècle denier, l’Allemagne a tenté à deux reprises de s’asseoir sur le toit du monde en essayant de créer pour cent ans un nouvel Empire mondial. En générant deux guerres mondiales, le système en place fait savoir à l’ambitieuse Allemagne qu’elle ne sera jamais le nouvel Empire du monde, malgré sa supériorité technologique d’alors. Depuis, l’Empire mondial américain s’est chargé de maintenir la marge de manœuvre de l’Allemagne.

La démographie catastrophique de l’Allemagne montre à quel point les Allemands se sont désagrégés d’un point de vue moral, spirituel, et intellectuel, alors qu’elle peut se targuer de remporter de grands succès commerciaux depuis 70 ans. Elle a même parfois dépassé l’Amérique pour les exportations, pour faire aujourd'hui jeu égal avec elle, malgré l’énorme différence de taille géographique des deux pays. C’est une performance considérable qui donne une idée de la puissance allemande sur la scène européenne. En récompense de son renoncement à son rêve d’Empire du monde, l’Allemagne a eu une sorte de lot de consolation avec l’euro qui n’est rien d’autre que le mark des européens, une monnaie quasi-mondiale qui devient un obstacle aux dollars. L'oncle Sam souhaite donc voir l’euro s’effondrer au plus vite, car ce dernier piétine ses plates-bandes. 25% des réserves monétaires mondiales sont en euros. Ce même euro que le tonton d’Amérique à contribué à créer pour écarter le deutsche mark.

L’État-nation allemand aurait bien aimé se doter d’un Empire, mais rechigne à en assumer les frais

La livre sterling occupe la troisième place, suivie du yen et du franc suisse, mais avec une part de 3-4%. La quantité des réserves en euro s’approche de la moitié de celle des réserves formulées en dollars. L’Empire américain perd aussi du terrain dans d’autres domaines et plonge dans une crise de financement de plus en plus difficile à gérer, dans la mesure où c’est à l’État-nation américain que revient la charge des dépenses de l’Empire américain. Heureusement pour Donald Trump, partisan du "America first" (l'Amérique en premier), l’Allemagne n’est plus vraiment décidée à résister aux Yankees, étant donné que l’État-nation allemand aurait bien aimé se doter d’un Empire, mais rechigne à en assumer les frais et les conséquences. L’Allemagne ne veut pas en payer le prix et n’a ni le courage ni l’envie d’affronter l’Empire américain. Son audace s’arrête devant la cage aux lions.

Emmanuel Macron, téméraire avec les mots, parle déjà d’un Parlement commun franco-allemand. Tout ce que Angela Merkel semble disposée à lui concéder est de l’ordre de quelques pourcentages des sommes en jeu. La Chancelière allemande propose des cacahuètes à son homologue français. Mais le Triumvirat n’a sans doute plus vraiment le choix. Il faudra unir les budgets allemand, italien et français pour sauver l’euro. Cela semble être exagéré, de la science fiction politique, mais cela arrivera et alors l’élite allemande choisira de dire non à cette solution. L'euro sera ainsi mis aux oubliettes de l’Histoire. L’Allemagne laissera l’euro couler et restera encore davantage maître d’une Europe dans laquelle la France et l’Italie connaîtront un chaos à la grecque.

Les conséquences catastrophiques pour les Français, les Italiens et l’ensemble de l’Europe du Sud, toucheront aussi l’Allemagne. L'Empire américain de Donald Trump mise donc sur l’effondrement de l’euro. Déjà en France, beaucoup décrivent l’euro comme étant un piège dans lequel le pays du général de Gaulle est tombé.

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