Le monde est un paradis pour la finance

Pour les financiers, tout va bien. Il suffit de jeter un œil sur les indices boursiers aux États-Unis et en Europe pour constater le niveau incroyable des profits pour les institutions financières et les grandes entreprises. Les valorisations des actions et des obligations ont atteint des sommets historiques.

En parallèle, quand on regarde l'économie réelle, celle des secteurs productifs et de l'industrie des transports, la situation est plutôt déprimante, en particulier pour le secteur de l'industrie automobile mondiale qui se trouve en grave déclin. Chez la plupart des constructeurs de véhicules automobiles, des coupes de licenciements se profilent. Un horizon sombre également pour les secteurs manufacturiers, qui voient leur activité diminuer sensiblement. Les plans d’économies sont préparés dans de nombreuses entreprises. Ces dernières entrevoient le ralentissement mondial de l’activité commerciale et le début d’une véritable stagnation de tous les secteurs, y compris des prestations de services.

La hausse de la productivité est nécessaire pour éviter que l'économie ne s’enlise

L'économie américaine a progressé de 2,1% et continue de se porter mieux que toutes les autres économies. En comparaison, le Canada ne croît que de 1,6% , le Japon et l'Union européenne de 1,2%, le Royaume-Uni de 1%, le Brésil, l'Afrique du Sud, la Russie, le Mexique, la Turquie et l'Argentine de 0.1 à 0.9%. Enfin, la Chine et l'Inde ont connu leurs taux de croissance les plus bas depuis 20 ans, estimés autour de 2,5%. Le commerce mondial s’affaiblit de 1,1% par rapport à 2018, pour la quatrième année consécutive, ce qui marque la plus longue période de baisse des échanges depuis 2009.

Quant au taux de chômage, il a été le plus bas des 20 dernières années, ce qui a favorisé la consommation alors que la productivité stagne. Les entreprises choisissent de recruter à bas coût plutôt que d'investir dans les nouvelles technologies facteurs d’emplois et de productivité. La hausse de la productivité est nécessaire pour éviter que l'économie ne s’enlise. La croissance mondiale est désormais inférieure à sa tendance à long terme estimée à environ 2,7%, tandis que la croissance du PIB mondial se maintient grâce aux dépenses de consommation et à la croissance des dettes des Etats.

En fait, dans la plupart des économies, la demande et les dépenses de consommation se maintiennent, compte tenu de l'augmentation de l'emploi, et même de certaines augmentations de salaires au cours de la dernière année. Les politiques monétaires et les baisses d'impôts des banques centrales n'ont pas été suffisantes pour stimuler l'investissement, en raison du peu d'envie des investisseurs à risquer des montants sans rentabilité. Ces derniers ont perdu confiance dans les activités productives. Une entreprise investit dans une nouvelle usine, un magasin ou un bureau régional quand les rendements du rachat d'actions ou de la distribution de dividendes sont notoirement élevés, et pas quand les investissements ne rapportent plus rien.

La moitié de tous les rachats sont désormais financés par la dette

En effet, les rendements, c’est-à-dire la rentabilité des investissements en capital, sont plus élevés que la rentabilité des investissements dans les activités productives, qui est devenue bien trop faible. Ceci explique pourquoi la plupart des économies ont été attirées vers la spéculation financière. Une des méthodes utilisée par les sociétés pour investir dans ce capital reste le rachat de leurs actions. Aux États-Unis et en Europe, le rachat de ses propres actions par les sociétés est devenue courante, et ont représenté aux Etats-Unis près de 1000 milliards de dollars.

Cependant, dans la dernière partie de cette année, les dépenses de rachat des entreprises ont commencé à chuter. La moitié de tous les rachats sont désormais financés par la dette. En cas de récession, le résultat risque de ne pas être très bon pour les entreprises qui se sont endettées pour faire des rachats d’actions. La valeur marchande de la dette des entreprises négociable en dollars américains a grimpé à près de 8000 milliards de dollars, soit plus de trois fois ce qu'elle était à la fin de 2008.

Ainsi, en 2020, une autre année de croissance faible pourrait encore engraissée le monde merveilleux de la finance, qui est le secteur qui s’en sort le mieux quand les autres, ceux qui produisent, vont mal.

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