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Une nouvelle crise financière devrait être imminente

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{Play}La crise de 2007 a montré que la spéculation financière ne peut plus garantir la croissance et les profits du capitalisme. Un changement de système est requis. Pour comprendre la prochaine crise, nous devons examiner les origines et l'évolution de la précédente.

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En raison des faibles taux d'intérêt, une bulle financière importante est apparue aux États-Unis. Dans les années 2000 à 2006, sur le marché immobilier, les prix et le nombre de ventes ont fortement augmenté, parfois jusqu'à doublé dans certains endroits très recherchés et dans les beaux quartiers des grandes villes. À partir de 2006, les prix ont commencé à baisser. L'offre excédentaire a fait son effet, et un phénomène de surproduction de construction a encore davantage aggravé un début de crise qui s’annonçait.

L'insolvabilité d’énorme quantité d'emprunteurs ont mis à mal les banques

En 2007, les premiers problèmes liés aux crédits financiers ont été mis en évidence. Ils étaient le fruit de certains prêts hypothécaires américains risqués, appelés prêts hypothécaires à risque. La suite, tout le monde la connait. L'insolvabilité d’énorme quantité d'emprunteurs ont mis à mal les banques et les marchés financiers et particulièrement les fonds spéculatifs et des banques spécialisées dans les immobiliers. La crise s'est étendu à la vitesse de la lumière dans le monde entier en devenant la pire depuis les années 1930.

Les prêts hypothécaires à risque ont été l'un des éléments constitutifs d'un immense miroir aux alouettes financier construit sur une période de 30 ans. En 1980, la somme de tous les actifs financiers mondiaux était à peu près équivalente au produit intérieur brut (PIB) mondial soit autour de 18 820 milliards de dollars. Mais à la fin d'année 2007, la relation entre le PIB mondial et toutes les activités financières mondiales, appelé "profondeur financière", ont fait un bond vertigineux pour atteindre 356%. Cette hypertrophie financière n’était pas une maladie en soi, mais une forme de drogue contre une valorisation insuffisante du capital et contre la surproduction massive de capitaux et de biens dans l'environnent du capitalisme arrivé à son zénith et qui concernait surtout les États-Unis, l'Union européenne et le Japon.

Depuis les années 1970, nous avons connu, de façon continue une croissance de plus en plus faible et des taux d’investissement en baisse, en particulier au Japon et en Europe occidentale. Cela a entraîné une baisse globale des taux d'investissement par rapport au PIB mondial, malgré l'augmentation considérable des investissements dans de nombreux pays en développement, notamment en Chine. Il est intéressant de noter que l'hypertrophie de la finance et du crédit a évolué favorablement parallèlement à la baisse des investissements.

Cette financiarisation a eu une triple fonction. Tout d'abord, elle a atténué les conséquences de la baisse du revenu du travail. Cela a retardé le déclenchement de la crise de surproduction dans le secteur industriel. Elle offrait au capital industriel, qui traversait une période de forte récession dans son secteur traditionnel, des opportunités d’investissement plus rentables dans le secteur financier.

Ensuite, la réduction de l’impact de la forte baisse des salaires sur la consommation, à partir des années 1970, a conduit à bénéficier d’une productivité accrue du travail, la part de la main-d'œuvre dans le PIB est devenue alors de plus en plus faible. Le report de la crise de surproduction, l’explosion du crédit et de la finance ont été très utile pour les entreprises, en particulier pour celles qui travaillent dans les industries les plus arrivées à maturité. Grâce au flux monétaire croissant sur les marchés des capitaux, ces sociétés ont eu recours massivement au crédit à la consommation et ont bénéficié de prêts à des taux très avantageux. Elles ont pu réaliser d'importants bénéfices grâce aux transactions financières. Certaines sociétés, en particulier dans la grande distribution, ont fait leur résultat uniquement avec les revenus financiers.

Enfin, la spéculation en tant que moyen d’appréciation du capital a connu ses heures de gloire. Le marché financier offrait aux entreprises confrontées à des problèmes de rentabilité une dernière solution dans la réalisation de bénéfices par le biais d'opérations financières, c'est-à-dire d'activités totalement spéculatives. De nombreuses entreprises ont ainsi résolu le problème de la crise de l'appréciation du capital dans leurs secteurs d'activité d'origine.

Les symptômes d'une nouvelle crise imminente

Si l’on tient compte de l'évolution de la rentabilité dans les pays capitalistes avancés, on constate que depuis la fin des années 90, les bénéfices tirés des transactions financières ont commencé à augmenter considérablement par rapport au PIB et aux autres bénéfices. Aux États-Unis, la part du secteur financier dans les bénéfices totaux est passée de 10% au début des années 80 à 40% en 2007. Au Royaume-Uni, en 2008, ce pourcentage était même de 80%.

Dans ce contexte, l'ampleur et la gravité de la crise qui a éclaté en 2007 ne doivent surprendre personne. La crise est en fait le résultat de plus de trois décennies au cours desquelles le taux de profit a été gonflé par une financiarisation poussée, c’est-à-dire par un rôle croissant du capital productif d’intérêt.

La croissance économique d'avant la crise a donc été payée, aux États-Unis comme dans l'Union Européenne, par les déséquilibres financiers qui ont alors déclenché la crise elle-même. Depuis le début de la crise, en 2007, la situation est sans aucun doute caractérisée par une croissance et des taux de profit insatisfaisants. Il y a donc de bonnes raisons de penser qu'une époque a pris fin, celle où le capital du capital productif d'intérêts a été en mesure de soutenir la croissance et les bénéfices. Si cette hypothèse est correcte, les conséquences peuvent être considérables.

La détérioration des conditions de travail et de vie de larges couches de la population ne peut plus être dissimulée. Ceci, entre autres, peut avoir un impact très négatif sur la demande intérieure. Une réorganisation radicale de nombreuses zones industrielles touchées par la surproduction sera nécessaire et inévitable. Cela ne se traduit que par une guerre commerciale acharnée entre les capitaux, même au sein de l'UE.

La rentabilité de la spéculation risque de diminuer considérablement. Les taux d'intérêt officiels ont été abaissés pour atteindre zéro pour cent. D'une certaine façon il arrive même qu'ils soient négatifs. Pour sortir du marasme ambiant, une politique monétaire insolite a été lancée, avec l'achat de titres par les banques centrales pour soutenir les marchés financiers en difficulté. La politique de "taux zéro" des banques centrales a poussé la dette mondiale à augmenter plus rapidement que la croissance du PIB mondial.

Depuis 2007, la dette a augmenté de 172 000 milliards de dollars. Le volume de titres émis par les sociétés non financières a triplé au cours de la dernière décennie. Les obligations du gouvernement américain n'ont pas connu de sort différent : elles ont augmenté depuis 2008, quel que soit le président. La crise qui a éclaté en 2007 n’a pas suffi pour rétablir une rentabilité satisfaisante du capital employé et pour donner un nouvel élan à l’accumulation de capital. Cela n'a pas été le cas malgré l'énorme socialisation des pertes et la politique monétaire extrêmement accommodante des banques centrales. Cela signifie que les symptômes d'une nouvelle crise imminente, d'une bulle spéculative qui va bientôt éclater, sont réels et difficiles à nier.

L'UE ne peut pas protéger sa population de la mondialisation néolibérale

La fin de la politique de taux d’intérêt zéro des banques centrales annoncera une crise de la dette dans les économies émergentes des pays dits en développement ou des pays avancés. Les innombrables faillites causées par l'excès de dettes privée et par la dévaluation des titres détenues par les banques ont engendré des résultats trimestriels décevants pour toutes les grandes entreprises ce qui a eu un effet dépressif sur les cours des actions. Une chose est sûre, comme en 2007, le principal problème sera l'assèchement soudain de la liquidité anormale injectée dans le système ces dernières années. Ce n’est qu’une question de temps, en particulier dans un contexte international où la menace de guerres commerciales s’intensifie et où l’Union européenne néolibérale parait incapable de se sortir de sa logique économique et donc de sa tendance à la déflation.

Dans ce contexte, l'UE ne peut pas protéger sa population de la mondialisation néolibérale, ce qui permet de penser que les Gilets jaunes se compteront un jour par millions. Le traité de Maastricht est le meilleur exemple de quasi-Constitution néolibérale de l'UE, avec tout ce qui en résulte comme la déflation forcée des salaires, le déni des droits sociaux, l'idéologie imposée et l'absence d'alternatives, et l'hégémonie du capital productif d'intérêts. Cela pose sérieusement la question de la contradiction entre les traités européens et certaines Constitutions nationales.

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