Union européenne : l'Allemagne est trop puissante pour l'Europe

Il y a vingt ans, l'économie allemande stagnait. Aujourd’hui, alors que la crise de la zone euro s’aggrave, elle maintient l’Europe à flot. A quel prix ? L’Allemagne ne gouverne pas l'Europe mais impose sa monnaie, le Mark, nommé aujourd’hui Euro. La folie d’avoir mis en place la zone euro a donné naissance à un monstre politique : une Europe allemande.

L'Union européenne, avec l’ajout de la Croatie, comptera bientôt 500 millions de personnes pour représenter l'ensemble géopolitique et commercial le plus important du monde. La nouvelle puissance allemande n'est pas basée sur la force pour imposer sa volonté aux autres Etats. Angela Merkel dirige l'Europe en imposant les valeurs allemandes aux pays les plus en difficulté. Dans les pays les plus durement touchés par la faiblesse de leur économie, la population est victime de la politique d'austérité menée conjointement par Berlin et Bruxelles. Les moyens de subsistance et, d’une façon générale, les conditions de vie se sont beaucoup dégradées dans les pays du sud de l’Europe ces dix dernières années. L'Allemagne a la volonté politique d'accroître la compétitivité dans tous les États membres de la zone euro et de l'UE.

L’Allemagne finance un continent de fainéants

L'Allemagne est le pays le plus peuplé en Europe. Son système d'apprentissage et ses sociétés de production qui aident les petits entrepreneurs à se développer, sont des facteurs essentiels de la réussite économique du plus puissant pays d’Europe. Cette attitude est profondément ancrée dans l'identité allemande. L’Allemagne est un pays nationaliste en se considérant comme une nation de citoyens qui financent un continent de fainéants.

La domination européenne de l'Allemagne lui a forgé une nouvelle identité après des décennies de culpabilité liée à son époque nazie, et la libère de ses doutes. A la fin de la seconde guerre mondiale et de l'Holocauste, l'Allemagne s’est retrouvée ruinée moralement et économiquement. Les origines de la domination économique allemande sont antérieures aux crises actuelles. Il y a plus de 20 ans, l'Allemagne à Maastricht a fait un sacrifice en faveur de l'Europe en acceptant de mettre le deutschemark de coté pour permettre la naissance d’une autre monnaie, l’Euro. Mais les Allemands ont de suite considéré que l'euro était un cadeau offert au reste de l'Europe.

Merkel demande aux pays de faire des économies budgétaires

Il y a trente ans, après la réunification, l'Allemagne était ce que la Grèce a été ces dernières années, un État avec une économie en stagnation et cinq millions de chômeurs. C’est grâce à l'austérité néolibérale que les Allemands ont pu réaliser un vrai exploit en matière d’emploi. Ainsi la réunification allemande est désormais considérée comme étant un modèle de gestion de crise en Europe. C’est aussi ce qui a conduit le chef de la plus grande puissance économique du continent, Angela Merkel, à pouvoir dicter les conditions à remplir pour les pays en difficulté qui sont en demande de prêt financier, en au passage l'autonomie et le pouvoir démocratique des parlements grec, italien et espagnol.

Même si les Allemands ne veulent plus être considérés comme des racistes et des bellicistes et s’efforcent de devenir des exemples moraux de l'Europe, il n’est pas certain que les populations du reste de l'Europe acceptent une forme d’hégémonie imposée de fait par l’Allemagne à son corps défendant.

Merkel demande aux pays financièrement soutenus, et qui pourraient être vus comme étant de nouvelles colonies allemandes, de faire des économies budgétaires, dans l'intérêt de la stabilité selon les bonnes pratiques de gestion, un peu à la manière de madame Thatcher qui avait maintenu l'équilibre des comptes publics comme s'il s'agissait d'un budget familial. Pour autant, madame Thatcher avait obtenu le vote de l'électorat britannique alors que la chancelière n'a pas de mandat démocratique pour l’ensemble de l’Europe.

Les Allemands utilisent la crise économique pour organiser une prise du pouvoir sur le vieux continent. Mais la domination allemande en Europe n'est pas antidémocratique. Certaines parties de l'Europe sont économiquement en avance sur d'autres, et il s’avère que l’Europe a besoin de l’Allemagne.

Chaque citoyen européen dépend de manière existentielle de l'Europe

La domination européenne de l'Allemagne est économiquement acceptée mais demeure culturellement inexistante. Il est difficile de prétendre que la culture allemande témoigne d’un quelconque succès sur les exportations culturelles allemandes au cours des 70 dernières années. Personne ne porte de Lederhosen (une culotte courte traditionnelle à pont s'arrêtant au-dessus des genoux, originaire de Bavière en Allemagne), à Paris, Rome, Londres, Glasgow ou Varsovie. Presque personne n'apprend l'allemand en tant que langue étrangère. Peu de gens ont entendu parler des icônes du cinéma néo-allemand en dehors de l'Allemagne, qui vit dans un vide culturel abyssal pour la littérature, le cinéma, le théâtre, la musique. L’art pictural s’accroche à un mode contemporain médiocre et fictif. Hormis la France et la Grande-Bretagne, l'Europe est devenue culturellement nulle.

L'Allemagne est redoutée pour sa domination économique. Alors qu’il existe déjà une Europe à deux vitesses, avec une Europe pionnière dans la zone euro et le reste de l'Europe, en particulier la Grande-Bretagne qui sera bientôt hors de l’Union européenne. Les élites ne réalisent pas qu'il y a un pouvoir en mutation en Europe.

Pour la première fois, chaque citoyen européen dépend de manière existentielle de l'Europe. Les Britanniques ont rarement opté pour des choses continentales telles que l’existentialisme, encore moins un ménage transcontinental cosmopolite. Avec le Brexit, l’Allemagne risque d’accroire ses perspectives de domination. Il est donc temps de donner plus de pouvoirs à l'Union européenne pour mettre fin au règne non démocratique de la chancelière allemande actuelle ou à venir. Dans le passé, les crédits budgétaires étaient liés à l'austérité et aux réformes néolibérales. Désormais ils devraient être liés à la volonté de soutenir un nouveau contrat social à l'échelle du continent mis en place pour défendre la sécurité de l'emploi, étendre la liberté et promouvoir la démocratie.

Une réflexion concerne ce sujet

L'Hégémonie de l'Allemagne n'en est qu'à ses débuts. La démographie allemande est un des facteurs les plus inquiétants du futur du pays, cela pourrait même devenir le principal facteur du renouveau belliqueux d'une Allemagne acculée et restreinte...

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