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Fusion Fiat-Renault échouée : de nombreux acteurs en coulisse

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La création d'un géant automobile aurait favorisé une Europe qui risque désormais de subir de sérieuses compressions économiques et politiques. Mais au-delà des retards technologiques, de l'inaction italienne dissimulée dans l'hyper libéralisme, du nationalisme français à la petite semaine, il y a d'autres acteurs en sous-marin, qui naviguent en eau trouble, notamment les États-Unis et l'Allemagne.

L’histoire de FIAT-Renault présente de nombreux aspects, dont certains, probablement les moins importants, ont peut-être été résolus en coulisse. Quelqu'un, comme le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, espère maintenant, ou prétend espérer, que FIAT et Renault reviendront à la table des négociations, ce qui d'un point de vue économique aurait une logique, mais cela semble une hypothèse improbable, du moins à court terme, alors que l’espoir ne semble peut-être que servir à masquer les échecs flagrants du même ministre.

Les constructeurs automobiles s’efforcent de s’adapter

Cependant les deux principales entreprises considèrent avant tout les aspects géopolitiques de l’accord, les États étant revenus autour de la table de négociations, à bien des égards, pour dicter leurs conditions. Les constructeurs automobiles s’efforcent de s’adapter à un secteur très concurrentiel qui, entre les guerres commerciales, les déplacements géographique de la production, les préoccupations écologiques et les innovation technologique, nécessite des adaptations performantes pour améliorer la productivité. Les pays européens, à travers les gouvernements et leurs représentants ont des comportements timorés, et n’ont pas exprimé de volonté réelle à aller vers des rapprochements entre constructeurs. Ils n’ont d'ailleurs pas publié de déclaration officielle sur cette question qui concerne pourtant de grandes entreprises industrielles employant des centaines de milliers de personnes pour l'ensemble du secteur des composants et des services.

L’attitude de l’État français a été de fournir immédiatement à FIAT une série de conditions en laissant FIAT et Renault dans une situation gênante. Alors que Emmanuel Macron proclame sa foi dans l'Europe, il se montre en réalité comme étant un souverain autodestructeur, un fait révélateur du doute qui règne actuellement à Paris, alors que Bruno Le Maire s'est empressé de courir vers Tokyo pour calmer les Japonais sur l'affaire Renault / Nissan, promettant même une vague promesse de réduction de la participation de l’État dans le capital de Renault, participation que les Japonais n'aime pas. Jean-Dominique Senard, le président de l'entreprise, rejette la réorganisation interne effectuée par les responsables de Nissan, alors que c'est une même réorganisation qui a coupé presque entièrement les Français du management.

En général, les Japonais n’ont jamais accepté qu’une de leurs grandes entreprises soit contrôlée par un pays étranger et n'ont jamais vraiment accepté l’arrivée des Français. Ce n'est que sous la contrainte, que Nissan, pris à la gorge, a cédé à Renault 43% du capital de la société, ce qui lui a évité la faillite, et qui a permis de redresser la société nippone aujourd'hui en bonne santé.

A un moment très opportun, l'affaire Ghosn (soupçonné notamment d'abus de biens sociaux et de fraude fiscale) a été déclenchée et menée simultanément par les autorités publiques et par la direction de la société. Nissan en a profité pour rejeter avec indignation le projet de fusion proposé par les Français. Les Français ​n'ont informé les Japonais de l’accord avec FIAT très tardivement et cela aussi entre dans le cahier des griefs de Nissan. Dans tous les cas, les relations entre les deux parties sont maintenant au plus bas. Malgré les 43% du capital de la société japonaise, Renault décide très peu.

Parmi les autres acteurs occultes, il y a évidemment les États-Unis. Sans déclaration officielle de Donald Trump concernant ses menaces périodiques contre le Mexique, pays clé dans la production de voitures pour FIAT, Renault, et nombre d'industries automobiles européennes qui ne se privent pas d’intervenir avec force sur tout accord impliquant de près comme de très loin les États-Unis.

Un autre acteur joue un rôle fondamental dans l’industrie automobile : l’Allemagne. Le pays semble être à un moment crucial. Déjà largement maîtres du secteur, de ses bénéfices et de ses technologies de pointe, les Allemands sont maintenant attaqués, entre autres parce qu’ils ont sous-estimé et en tout cas réagi tardivement à la révolution technologique en cours, alors que le secteur numérique maintenant menacé par les Chinois et les Américains. Environ 70% de la valeur d'une voiture de ce type proviendra de systèmes d'intelligence artificielle insérés à l'intérieur.

L'Allemagne a démoli toute idée de politique industrielle au niveau des pays

Adieu à la valeur ajoutée des véhicules Mercedes, BMW et Audi, la chaîne de valeur du secteur se prépare à avoir de nouveaux protagonistes. Les Allemands sont confrontés à un Donald Trump imprévisible, qui peut mettre sérieusement en péril leurs activités dans l’hémisphère occidental, tandis qu'une part très importante de leurs ventes et une grande partie des bénéfices du secteur proviennent de la Chine, qui fait de grands progrès dans l’acquisition des affaires. Dans ce contexte l’Allemagne aurait très mal assimilé la création d’un autre groupe européen.

L’Allemagne s'évertue à démolir toute idée de politique industrielle au sein de la communauté européenne. Ainsi, toujours avec la collaboration de la France, elle semble maintenant rechercher une nouvelle politique industrielle au niveau continental qui parvienne, entre autres, à compenser la perte de son poids économique face à la concurrence mondiale dont souffrent de plus en plus toutes les entreprises européennes. Cependant la difficulté vient du fait que l'Allemagne est hégémonique.

Pour les secteurs des nouvelles technologies, le jeu semble déjà désespérément perdu. Il n’est pas possible en pratique de lancer un projet unique sans obstacles de tous genres très difficiles à surmonter. Il reste à souhaiter aux pays Français et Italiens de former une alliance pour contrer la prépondérance allemande, ce qui semble impossible actuellement.

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