Carlos Ghosn suspecté par le Japon d'avoir franchi la ligne jaune

{Play}L'avenir de Carlos Ghosn n'est pas très réjouissante. Arrêté à Tokyo pour de forts soupçons de fraude fiscale, de malversations et d'abus de biens sociaux, le présumé innocent patron de Renault-Nissan-Mitsubishi, numéro un mondial de l'automobile, a vu dès mercredi sa garde à vue prolongé de 10 jours.

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Carlos Ghosn est soupçonné par le parquet japonais d'avoir consciemment minimisé sa rétribution fiscale, à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015, en déclarant une somme totale de 4,9 milliards de yens, environ 37 millions d'euros, au lieu de près de 10 milliards de yens.

Le conseil d’administration de Nissan a très vite pris la décision de révoquer à l’unanimité son président, après les accusations de malversations financières lancées par le directeur japonais de l’entreprise. Cette crise met durement à l’épreuve les accords franco-japonais.

Il est reproché à Carlos Ghosn une estimation minimisée de ses revenus dans les rapports financiers, un détournement à des fins personnelles de fonds de l’entreprise. Carlos Ghosn reste cependant membre du conseil d’administration. Cette décision doit néanmoins être avalisée par l’assemblée générale, ce qui semble être une formalité. Un nouveau conseil d’administration se réunira le 26 novembre chez Mitsubishi pour faire de même.

L’affaire éclate au moment où d’importantes discussions étaient en cours

Le nouveau ex-patron du groupe automobile sera détenu le temps de l’enquête alors que la justice japonaise ne révèle aucune information sur le déroulement des interrogatoires. De son coté, la presse locale laisse filtrer quelques bribes d'informations. Par exemple, elle rapporte que Carlos Ghosn aurait permis l'attribution d'un salaire fictif à sa sœur. Au fil des jours, les médias japonais dressent ainsi un acte qui semble accusatoire, tandis que Renault appelle à la prudence et diligente aussi des enquêtes.

Selon un calendrier très opportun, l’affaire éclate au moment où d’importantes discussions étaient en cours entre les deux constructeurs. Selon le quotidien The Financial Times, Carlos Ghosn était en train de préparer une fusion entre Renault et Nissan, une perspective que les Japonais voient d’un très mauvais œil. De là à imaginer un coup monté de la part de Nissan, qui souhaiterait récupérer ses billes, il n'y a qu'un pas, pour l'instant difficile à franchir.

Il suffirait à Nissan de prendre 10% de Renault pour prendre le dessus

Le conseil d’administration de Nissan déclare dans son communiqué que "le partenariat de longue date scellé avec Renault demeure intact". Il est cependant à craindre que l’arrestation de Carlos Ghosn soit le prélude à une bataille acharnée entre les deux groupes pour s'assurer le contrôle du géant de l'automobile.

Pour l’instant, Renault est en position de force et possède 43% de Nissan, qui ne possède que 15% de la firme française sans droit de vote. Pourtant, il suffirait à Nissan de prendre 10% de Renault pour prendre le dessus. Dans ce cas, Renault ne pourrait plus exercer ses droits de vote chez Nissan en vertu de la loi japonaise.

Le partenariat entre les deux constructeurs a connu plusieurs crises, dont celle où l’État français a fait en sorte d’obtenir des droits de vote doubles chez Renault, en 2015. En cas d’OPA hostiles et croisées, le groupe japonais dispose d’une trésorerie six fois plus importante que celle du groupe français. Il semble à la suite des informations qui parviennent de Renault, que la firme française se soit faite piégée. Pour apaiser les soupçons, Nissan essaie de calmer le jeu. 

Carlos Ghosn rejette les accusations dont il fait l'objet

Une bataille boursière apparaît peu souhaitable. Mais au Japon, les hauts cadres de Nissan expriment leur souhait de revoir la structure de l’alliance. Ils rappellent que Nissan existe depuis 1933 et demeure une des entreprises les plus emblématiques du Japon. Pour eux, elle doit être contrôlée par un constructeur japonais, et pas un constructeur français lui-même sous le contrôle de l’État. En 2015, le violent désaccord entre Emmanuel Macron et Carlos Ghosn a installé de la méfiance entre Paris et Yokohama. Le malentendu qui avait viré à la bagarre publique a laissé des traces indélébiles.

Selon des sources de la chaîne de télévision publique japonaise NHK, Carlos Ghosn rejette les accusations dont il fait l'objet et semble déterminé à se défendre. Il n'aurait pas fait usage de son droit à garder le silence, face à la justice japonaise, et aurait indiqué n'avoir jamais eu l'intention de dissimuler ses revenus.

A aussi été évoqué un bonus non déclaré de 30 millions d'euros lié à des plus-values dégagées sur les actions. La sœur de Carlos Ghosn serait également impliquée dans ce scandale financier, notamment via une mission de conseils fictive pour laquelle Nissan l'aurait rémunérée 100 000 dollars, environ 88 000 euros, depuis 2002.

On peut être sûr que le groupe automobile est sur le point d'affronter les vents du Cap Horn.

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