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Élections européennes : les syndicats se trompent de cible

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{Play}Compter sur les syndicats et les organisations de la société civile est une erreur de jugement et le signe d'une réelle incompréhension de la situation économique et politique de l'Europe. Dans le domaine des politiques nationales ou européennes et macroéconomiques, leur analyse et leur capacité proactive souffrent d'une faiblesse profonde.

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En avril, des organisations syndicales et patronales, dont la CFDT et le Medef, ont appelé conjointement les citoyens à se mobiliser à l’occasion des élections européennes, le 26 mai, pour une Europe "indépendante, compétitive et solidaire". L’Europe que nous voulons, c'est le nom de cet appel commun.

Les syndicats et les organisations de la société civile sont ancrés dans une idéologie désuète, complètement irréaliste et dénuée de sens critique, en matière de politique de l'Union européenne. Nous sommes toujours dans une crise européenne et de la zone euro. Depuis plus de 10 ans, l'économie européenne est affaiblie et semble toujours au bord d'une crise de récession. Les citoyens seront bientôt appeler à voter aux élections européennes de mai, alors qu'aucune analyse critique des conséquences négatives des politiques d'austérité qui ont frappé les pays européens, au cours de la dernière décennie, n'est proposée.

Il n’existe pas d’analyse critique des budgets

La proposition de nouvelles réformes, euro-obligations, investissements publics, etc., déjà avancées il y a au moins 20 ans, mais jamais acceptées par l'UE, reste irréaliste et illusoire. Il n'existe pas d’analyse critique des budgets publics dont les orientations sont provoquées par la domination des marchés financiers. Il n'existe aucune mention sur la désintégration de l'UE en raison des fortes contradictions internes. Les citoyens ont droit seulement à des déclarations surprenantes sur les prétendus grands succès de l'UE et à de vagues propositions de consolation. Toute la classe dirigeante européenne dit que tout va bien, alors tout va bien.

La pauvreté culturelle face aux problèmes européens et nationaux actuels est d'autant plus grave que les difficultés de la zone euro, qui est au cœur de l'Union européenne, sont vouées à s'aggraver dans un avenir proche en raison de l'intensification des tensions commerciales entre l'Europe et les États-Unis, et entre la Chine et les États-Unis. Les craintes sont principalement dues au risque de la prochaine déflation des marchés financiers, attendue par presque tous les économistes. Ces mêmes marchés financiers sont drogués depuis trop longtemps par les politiques monétaires expansives mises en œuvre par les banques centrales du monde entier.

Les organisations sociales les plus importantes ne pourront pas faire face aux nouvelles crises qui nous attendent dans un avenir proche. Les crises à venir soulèveront le voile qui cache la fragilité du système monétaire européen et les contradictions structurelles d'une Union européenne reposant sur une monnaie unique gérée par les marchés financiers, fondée sur des sables mouvants. C'est pourquoi il convient de s'alarmer de la pauvreté des analyses et des propositions des syndicats face au chaos financier prévisible.

L’appel est ambigu et trompeur

Les organisations sociales ne sont pas suffisamment attentives à observer que les politiques financières restrictives imposées avec ténacité par la Commission européenne ont freiné l’économie européenne, divisé les nations européennes et, en ce qui concerne la France, ont nui aux activités de production, à l’épargne, à l’économie, au travail, entraînant plus de pauvreté, plus de chômage et une plus grande inégalité sociale. Les politiques d'austérité, imposées de manière autoritaire, par des institutions non élues et irresponsables devant les peuples européens, n'ont profité qu'aux États les plus forts, surtout l’Allemagne, et n’ont fait que la fortune de la grande finance.

L’appel pour le renforcement de l'Europe de la part des corps intermédiaires de la société est ambigu et trompeur. Peut-être que le véritable destinataire de l'appel L’Europe que nous voulons n’est pas clairement défini, à savoir l’Union européenne. Peu de citoyens apprécient les politiciens et les technocraties de l’Union européenne. Dès lors, un appel à plus d'Union européenne n'aurait pas été très bien accueilli, alors qu'un appel à l'Europe sonne mieux. Tous les hommes de bonne volonté sont "européistes", car tout le monde voudrait supprimer les barrières qui séparent non seulement les peuples européens, mais aussi les peuples de la terre entière. Tout le monde en théorie est contre la guerre et veut la paix.

Le problème, cependant, est qu’au niveau institutionnel et politique, l'Europe n’existe pas mais il existe une Union européenne, née en tant qu’organe supranational issu du Traité de Maastricht. Et il existe, aux côtés de l’UE, une zone euro intergouvernementale à laquelle tous les États de l’UE n’appartiennent pas. L'UE et l’Eurosystème ne sont pas la même chose et ne devraient pas être traités comme tels.

C'est l'Eurosystème qui gère la zone euro. Elle regroupe la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales (BCN) des États membres de l'Union européenne ayant adopté l'euro. L’UE compte 27 États membres (plus la Grande-Bretagne qui l'a quittera bientôt) et l’Eurosystème compte 19 États. Cette distinction est fondamentale mais elle n’est même pas mentionnée dans l’appel. Pourtant, les idéologies libérales ne trouvent leur pleine mise en œuvre que dans l'Eurosystème.

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