Le travail est-il en train de devenir une denrée rare ?

A l'origine, les travailleurs étaient au cœur du capitalisme. Dans le nouveau monde, seule la finance a une valeur. Le nombre de salariés employés par une entreprise n’a aucune valeur marchande. Les salariés sont aujourd'hui un passage obligé, une charge à supporter, une contrainte pour la mobilité des structures de l’entreprise. Le stock des produits, la trésorerie, les bénéfices, le chiffre d’affaire réalisé et projeté, sont les seules informations à retenir pour se faire une idée de l’intérêt à apporter à une entreprise.

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Un monde où les frontières commerciales disparaissent pour laisser libre cours à la concurrence entraîne implicitement la recherche de nouvelles conditions de lieu, d’organisation, de technologie, de transport, de nouveaux profils de salariés, pour sauvegarder ou accroître les profits. C’est au fil des changements de contextes économiques que les entreprises adaptent les emplois et l'organisation du travail.

L'insécurité est devenue la norme pour des millions de personnes

Avant les années 1970, le système capitaliste fournissait, en particulier dans le secteur de la production, un haut niveau de sécurité aux secteurs ouvriers. Les usines avaient besoin d’énergie et de bras pour tourner. Cette période a vite laissé place à une montée des transformations économiques caractéristique de l'ère néolibérale.

En effet, des millions d'emplois ont été supprimés dans le secteur manufacturier, à partir du début des années 80, alors que la production continuait de croître. Les taux d'activité ont alors diminué fortement et l'insécurité est devenue la norme pour des millions de personnes exclues de ces changements. Cette période a favorisé des méthodes de production allégées et de nouvelles mesures et de surveillance des emplois. Forcement, cette situation a conduit à détruire et à affaiblir le niveau de revenu. Une nouvelle main-d'œuvre, qualifiée de "précaire", sans durée définie, a vu le jour. Ces emplois irréguliers n'ont pas remplacé les relations de travail traditionnelles et n'ont pas vraiment augmenté dans le secteur privé.

Ce type d’emploi crée de l’insécurité pour le salarié. Les emplois à temps partiel, pour des raisons économiques, augmentent lors des phases de récessions et diminuent dans les phases de reprise. L'expansion du travail irrégulier a eu un impact sur toutes les classes, à l'exception des couches sociales aux capitaux les plus élevées.

Les emplois sur les plateformes numériques ont augmenté depuis 2017, mais n’ont eu jusqu'à présent qu’un faible impact sur une petite partie de la main-d'œuvre. Les flux sortant de la population active et de ceux qui ont renoncé à trouver un emploi donnent une assez bonne idée de la tendance actuelle. Au fil des années, de plus en plus de personnes ont quitté leur emploi et ne sont plus sur les listes de chômeurs. Ils sont en dehors de la population active. Dans les années qui ont suivi la récession, de 1980 à 2000, près de 500 000 personnes ont quitté la population active. La plupart ont abandonné toute recherche d’emploi et vivent des aides de l’Etat. Certains continuent à espérer un emploi, mais découragés, ils ont renoncé à le chercher.

Le capital a produit une ère de turbulences, de restructurations, de baisses des niveaux de vie

Commencée au début des années 1980, la baisse du travail de production manufacturière, dans lequel les hommes constituaient plus de 70% des effectifs, a été suivie par une reprise très limitée depuis 2000. Cependant, la tendance la plus significative affectant ceux qui appartiennent à la classe ouvrière de tous les âges et de tous les sexes est la croissance des emplois traditionnels à faible revenu, principalement dans le secteur des services et la stagnation les salaires réels de la classe ouvrière qui ont commencé bien avant les années 1970.

C'est la perte d'un emploi jadis bien rémunéré dans l'industrie et le temps passé à Pôle Emploi pour espérer un emploi peu rémunéré qui définit les fondements de la crise récurrente et de la croissance quasi nulle. Le capital a produit une ère de turbulences, de restructurations, de baisses des niveaux de vie, et a transformé aussi l'organisation des travailleurs, ce qui rend leur revendication problématique. Le capitalisme a créé des conditions, au cours des deux ou trois dernières décennies, d’intensification de la main-d'œuvre à bas salaires réels.

L’agressivité des managers et les affrontements juridiques et politiques qui s'ensuivent constituent souvent des freins à toute action revendicative. De plus, la restructuration même du capitalisme et la manière dont il produit et déplace la richesse matérielle à sa guise ont créé de nouvelles vulnérabilités dans le système et de nouvelles voies d'organisation et d'action. Ces vulnérabilités se retrouvent dans des contextes de travail irréguliers, de la logistique au nettoyage des bâtiments, ainsi que dans les emplois traditionnels. La consolidation du capital par le biais de fusions, de réorganisations, de transferts et d'externalisation de la production a conduit à la création des réseaux logistiques très vulnérables qui sous-tendent l'ensemble de l'économie.

Le mouvement des travailleurs ne se développe pas grâce à des conquêtes marginales, mais dans des périodes de bouleversements sociaux et ouvriers comme les années 30 pour les travailleurs industriels ou les années 60 et 70 pour les travailleurs du secteur public. Ils sont le résultat de pressions croissantes sur la main-d'œuvre et de la perception des militants qu'il existe des leviers de pouvoir. Des émeutes ont tendance à entraîner d'autres travailleurs sur leur chemin, y compris ceux qui étaient auparavant jugés inorganisables en raison de leur chiffre d'affaires ou de leurs types de travail occasionnels. Ces grands bouleversements sont généralement imprévisibles.

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