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Politique fiscale : acculé de toute part, Macron navigue à vue

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Il y quelques semaines, le Président de la République a offert une contribution sociale de 11 milliards d'euros aux Gilets jaunes, qui aggravent le déficit budgétaire de la France. Depuis le 15 février, il a entamé sa tournée pour débattre avec les citoyens et en a profité pour faire sa campagne pour les élections européennes.

Eric Woerth, ancien ministre du Budget, l'un des plus compétents en matière de dépenses publiques, a comparé Emmanuel Macron à une vedette de "Talk-show" qui déballe et blague sur à peu prêt n'importe quel sujet, lors des séances du grand débat national, y compris sur la politique fiscale et ses projections européennes inévitables.

Aucun effort en direction de la consolidation n'a été fait par le Président

Récemment la Cour des comptes, présidée par Didier Migaud, magistrat aux compétences exceptionnelles, mais aussi à son histoire politique de tendance socialiste et libérale, a déclaré, dans son rapport annuel sur l'état des comptes publics présenté il y a quelques jours, que le scénario des finances publiques était préoccupant, d'autant qu'aucun effort en direction de la consolidation n'a été fait par la présidence du Président Macron malgré les engagements pris lors de la campagne électorale pour la Présidentielle. C'est avec un programme social-libéral présenté dans son livre "Révolution" que le futur président a conquis le pouvoir.

Le déficit pour 2019 ne sera pas de 2,6% du PIB, après le 2,8% de 2017, mais plus surement de 3,2%, le plus haut de la zone euro. et même 4% en ne tenant compte que du poids de l'état, c'est-à-dire net de la sécurité sociale et des administrations locales. Les perspectives d'un ajustement structurel sont "d'une fragilité toute particulière" pour des raisons macroéconomiques, ralentissement du cycle mondial et ralentissement de la croissance et pour l'incapacité et même l'impossibilité pour la France de prendre part au processus de réforme, promis par le jeune Président fraîchement élu et sur de lui lors du Forum de Davos en début d'année 2018.

La France est devenue un des grands malades de l'Europe

La Cour des comptes souligne qu'il reste impossible de faire travailler davantage les 60 000 employés d'EDF, l'un des nombreux exemples cités dans le rapport, dont les niveaux de rémunération, 5 000 euros en moyenne par mois, sont littéralement déconnectés des résultats de l’entreprise et de la performance d’un groupe qui doit affronter le marché mondial de l’énergie.

La France est devenue en moins de deux ans un des grands malades de l'Europe, avec l'Italie et la Grèce. La dette atteint maintenant presque 100% du PIB, alors que la dette allemande est en baisse depuis 2012 et la moyenne de la zone euro est également en baisse depuis 2015. Cela devrait faire réagir le commissaire européen Pierre Moscovici, mais celui-ci prépare son avenir à Paris où il vise la place de Migaud à la présidence de la Cour des comptes.

La décision de ne pas remettre en place l'icône de la fiscalité française, que l'Impôt Sur la Fortune (ISF) est devenu. Cet impôt payé par les "riches", créé par le président Mitterrand, est un "super impôt sur le patrimoine", et sa suppression par Macron a engendré la colère des Gilets jaunes. Le ministre chargé du Budget Gérald Darmanin a cru bon de proposer d'utiliser une partie des "niches fiscales", qui ne sont rien d'autres que des allègements fiscaux, pour une quinzaine de milliards d'euros de taxes, c'est-à-dire de taxer un peu plus les riches de la classe moyenne, qui paient déjà 70% des impôts. Darmanin ne se rend pas compte que des réductions d'impôt ne sont en aucun cas un jeu à somme nulle. Réduire, par exemple, les aides liées aux travaux d'une femme de ménage ou d'une garde d'enfant aurait comme conséquence l'explosion du travail au "noir".

Darmanin a ouvert une boîte de Pandore

Supprimer certaines subventions aux entreprises, carburant vert pour les agriculteurs ou un crédit d’impôt pour certains types d’investissements ou de recherche et développement, le résultat sera immédiatement d'engendrer certains dommages pour les entreprises. Darmanin a ouvert une boîte de Pandore dans laquelle "coexistent" plus de 450 types d'avantages fiscaux différents, du crédit d'impôt à la déductibilité de certaines dépenses à la fourniture de ressources publiques pures et simples, qui ont leur propre histoire et leur propre motivation et qui, ensemble, constituent un budget de 100 milliards d’euros.

Gilles Carrez, grand expert des budgets et des dépenses publiques, ancien député républicain désormais chargé des finances du projet du Grand Paris - un projet gigantesque pour améliorer l’environnent de toute la région parisienne - s'est borné à répondre que derrière chaque "niche fiscale" se trouve "un chien prêt à mordre".

Emmanuel Macron n’a certainement pas l’intention d’être mordu, alors que son indice de popularité serait remonté vers les 30% et que les élections européennes arrivent vite. Mais cela fait 7 ans que Macron est aux manettes de l’économie française, et la situation ne cesse de se détériorer alors que la croissance profite aux autre pays partenaires européens. En 2017, le déficit budgétaire s’élevait à 67,7 Milliards d'euros. En 2019, le budget prévisionnel, qui est toujours dépassé, s'élève à 107,7 Milliards d'euros.

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