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Quand l’État envisage le plus grand casse de l’histoire pour 165 milliards

Les régimes de retraites les mieux gérés ont amassé, depuis de nombreuses années, de l'argent pour assurer leurs arrières. Un pactole sur lequel il faudra statuer alors que s'ouvre le chantier de la réforme qui devrait mener à un régime universel.

Un euro cotisé donnera les mêmes droits à tous les assurés. C'est la promesse du gouvernement qui s'apprête à attaquer le chantier faramineux de la réforme des retraites. Une réforme qui devrait donc aboutir à un régime universel. La tentation d'un hold-up d'État vient alors immédiatement à l'esprit. On est en droit de se poser la question de l’avenir du pactole de 165 milliards d'euros amassé au fil des années par certains. On ne sait d’ailleurs pas grand-chose de ce pactole. A qui appartient-il ? Qui l’a financé ? Où est-il placé ? Rapport-il des intérêts ?

Une escroquerie élaborée et exécutée par l'État est à craindre

Evidemment d'après ceux qui n’ont rien cotisé, ou d'après les politiques qui n’ont évidemment rien prévu, le choix d'un régime universel voudrait que ces 165 milliards d'euros soient confisqués et redistribués à tous, quitte à spolier ceux qui ont cotisé pour ces régimes et qui ont donc constitué cette réserve, sans en avoir récupéré le moindre centime en pension de retraite. Les gestionnaires de ces caisses craignent de se voir prendre leur trésor par certains gros ogres qui ont déjà bénéficié d'énormes avantages pendant 40 ou 50 ans, comme la SNCF, la RATP, la fonction publique d'État ou encore le régime de base des salariés du privé (Cnav). Tous ces régimes ne disposent pas de réserves et n’ont, bien-sûr, jamais rien fait pour en avoir. Une escroquerie élaborée et exécutée par l'État est à craindre. 

Ce régime complémentaire des salariés du privé a acquis, non sans mal, des réserves de 71 milliards d'euros, soit près d'un an de pensions versées à ses adhérents, en prévision d'un coup dur. D'autres ont adopté une démarche similaire, depuis des années. Au RCI (régime complémentaire des indépendants), les indépendants ont eux amassé environ neuf ans de pensions complémentaires, soit 16 milliards d'euros, tandis que les libéraux de la CNAVPL ont récolté 22 milliards d'euros, soit sept ans de pensions complémentaires. Selon le titre économique, le total de ces réserves accumulées s'élevait à la fin de l'année 2016 à 129 milliards d'euros. Les efforts consentis par les entreprises et les salariés du privé au sein de l'Agirc-Arrco ne doivent pas servir le laxisme d'autres régimes.

Une jolie somme à laquelle il faut encore ajouter le fonds de réserve des retraites : 36 milliards d'euros. Soit un total de 165 milliards d'euros de réserves de pensions. Une somme qui suffit amplement à couvrir la dette "retraite" de 52 milliards d'euros et à équilibrer le régime de la fonction publique d'État, selon le Conseil d'orientation des retraites. Pour savoir ce qu'il adviendra réellement de cet argent, il va falloir attendre fin 2018 ou début 2019, au cours duquel s'ouvriront des discussions avec les partenaires sociaux au Haut-Commissariat à la réforme des retraites. Une des interrogations concerne la gestion de ces réserves. La CFDT ne veut pas que l'argent revienne au ministère de l'Économie et des Finances, et préfère qu'il soit géré "dans l'intérêt des assurés" via une gouvernance "non-technocratique" et "non-politique".

Les différences entre l'ancien et le nouveau régime seraient de taille en ce qui concerne le régime universel, les cotisations sociales seront prélevées jusqu'à 13.000 euros de revenus mensuels, alors que des organismes comme l'Agirc-Arrco ont ouvert des droits allant jusqu'à 26.500 euros de salaire. Le négociateur de la CFDT a déjà prévenu :

"Cela va être compliqué de participer au futur régime de retraite si tout le monde ne met pas au pot commun [...] Mais si on transvase les réserves, on doit aussi transvaser les engagements."

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