Enfin, Frédéric Taddéï revient à la télévision !

Frédéric Taddéï débarque sur la chaîne d’information Russia Today. Prévue pour fin septembre, la nouvelle émission de l’ex-animateur de France 2 s’appelle Interdit d’interdire, petit pied de nez lancé au paysage télévisuel français qui se complaît dans l’entre-soi.

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Le retour de Frédéric Taddéï se faisant attendre. Il faut dire que son ancienne émission Ce soir (ou jamais !) commençait à manquer à beaucoup de téléspectateurs nostalgiques de ces joutes verbales profondément intellectuelles. Sur le plateau de la meilleure émission de débats de France, diffusée de 2006 à 2016 sur France 3 puis sur France 2, la liberté d’expression était réellement respectée. Tout pouvait être dit, tout le monde pouvait être invité et, chose rare, écouté. Plus de 700 débats et 4 000 invités issus du monde politique, culturel ou universitaire.

La seule émission où la bien-pensance n’avait pas sa place, où l’animateur ne coupait pas les invités dans leur développement d’idée. Critiquée par Patrick Cohen pour son ton politiquement incorrect ou encore par Caroline Fourest pour son manque d’objectivité, Ce soir (ou jamais !) pouvait procurer de nombreuses émotions. Parfois, nous pouvions avoir envie de casser notre télévision, comme lorsque l'avocat Thierry Lévy défendait la pédophilie. D’autres fois, nous pouvions éclater de rire devant un Gérard Depardieu questionné sur l'avenir du prolétariat : "Des culs au milieu d'un champ de bite". Il était aussi possible de rester bouche bée face à un Alain Finkielkraut, coupé par Abdel Raouf Dafri, le scénariste d'Un Prophète, et son hystérique "Taisez-vous !", largement diffusé sur internet depuis.

Pour Régis Debray, Ce soir (ou jamais !) était "l’honneur de la télévision publique française". Nous aurons bientôt l’occasion de retrouver Frédéric Taddéï … mais sur une chaine de télévision russe cette fois-ci. Le débat contradictoire a disparu des antennes françaises et arrive sur Russia Today, financée directement par le Kremlin. Le paysage télévisuel actuel en France n’a plus de place pour les vrais débats, pour les vrais invités. Et la nouvelle émission Interdit d’interdire n’a pas commencé que déjà des détracteurs estiment que c’est une honte de travailler pour Poutine, alors que les médias français sont plus libres, que les journalistes sont plus objectifs. Ils en sont convaincus : Frédéric Taddéï est un nouveau porte-parole du chef d’État russe. Mais ce dernier se défend de toute ingérence politique dans la ligne éditoriale de son émission :

"Je me fiche complètement de qui me paye du moment qu’on me laisse libre de faire ce que je veux, d’inviter qui je veux et de parler de ce que je veux […]. Quand je ferai un débat sur la Russie, j’inviterai des pro-Poutine, ce que je faisais déjà dans Ce soir (ou jamais !) et sur Europe 1, et que mes collègues ne font pas, et des anti-Poutine, qui auront donc tout loisir de s’exprimer librement sur RT."

Frédéric Taddeï a raison de ne pas se laisser faire. Ce n’est pas parce que le CSA estime que RT est une chaîne de propagande que c’est le cas. Ce n’est pas non plus parce que les journalistes français pensent être plus libres et impartiaux que les journalistes de RT que c’est le cas. C’est peut être gênant pour la doxa médiatique française mais la réalité, c’est que RT est la seule chaîne a avoir donné carte blanche à Frédéric Taddeï pour faire son émission de débats. Aujourd’hui, la direction de France Télévisions pratique le nivellement par le bas, favorise les débats moyens qui font du buzz, comme sur le plateau de On n'est pas couché animé par Laurent Ruquier. En 2016, Taddeï frappait déjà juste en estimant que "parier sur l'intelligence du téléspectateur est un truc en voie de disparition". À l’ère de la médiocratie, où tout est moyen et sans profondeur, sortir du conformisme est une force.

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