Julian Assange : ce que les médias nous cachent

Le 11 avril 2019, le fondateur de WikiLeaks a été arrêté à Londres, après avoir été interpellé dans l'ambassade d'Équateur, où il vivait cloîtré depuis 2012. Depuis, des informations accablantes sont diffusées par les médias, mais très peu osent renseigner sur ses conditions d'incarcération ou sur les faits qui lui sont reprochés.

Enfermé sous la garde des Britanniques, Julian Assange risque d'être extradé vers les Etats-Unis. Si tel était le cas, ce défenseur de la liberté d'information et de la presse pourrait se voir infliger une peine très importante (perpétuité, peine de mort), puisque le gouvernement américain, en vertu des lois anti-espionnage, lui reproche d’avoir divulgué des documents confidentiels. Assange a notamment révélé des crimes de guerre commis par l’US Army sur des populations irakiennes.

Cette affaire pose quelques questions.

Où est Julian Assange et comment va-t-il ?

Pourquoi est-il impossible de savoir où se trouve Julian Assange ? En naviguant sur internet, on se rend vite compte qu’il est très difficile d’obtenir des informations quant à son lieu d’incarcération et aux conditions de vie qu’ils endurent depuis plus de trois mois. En Juin, le média Sputnik s’est entretenu avec Véronique Pidancet-Barrière, journaliste également cofondatrice du comité WikiJustice, qui a exprimé ses doutes :

"Julian Assange est torturé, notre crainte est qu’il meure en prison"

Le 17 juillet 2019, dans un article de blog publié sur le site Mediapart, intitulé Où est Julian Assange, chantres de la « liberté de la presse » ?, le collectif-Édition Libérez Assange Éthiques & Medias explique que ses avocats sont sans nouvelles de lui depuis un mois. L’article présente des éléments laissant à penser qu’il est torturé régulièrement, et qu’il n’est plus détenu à la prison de haute sécurité de Belmarsh, dans le sud-est de Londres.

Pas de nouvelle, bonne nouvelle ? Il semble que beaucoup de défenseurs du lanceur d’alerte craignent pour la santé et la vie de Julian Assange. Et le silence radio des médias sur le sujet ne rassure pas.

Pour le rapporteur des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, le fondateur australien de WikiLeaks a subi une torture psychologique depuis qu’il est arrivé à l’ambassade d’Equateur à Londres. L’expert indépendant de l’ONU estime que Assange est depuis plusieurs années dans un “environnement hostile”, victime d’une “persécution collective”.

Le harcèlement est une torture. Assange a régulièrement fait l'objet de campagne d’informations dégradant son image. Les médias, soutenu par les Etats, ont cherché à aliéner le public, en expliquant que Assange était loin d’être un héro. Pour Melzer, cette stratégie visait à l’humilier et l’intimider. L’objectif était de provoquer chez l’homme de 48 ans (41 ans en 2012) “la confusion et le stress” puis “un épuisement total, une défaillance cardiovasculaire et un effondrement nerveux".

Selon Nils Melzer, si le Royaume-Uni se plie à la demande d'extradition des États-Unis, Julian Assange n'a aucune chance de bénéficier d'un procès équitable.

Peut-on encore librement défendre Julian Assange ?

Jeudi 11 juillet, le réseau social américain Twitter a, sans explication, suspendu le compte de “@Unity4J”, une organisation de défense de Julian Assange dont la plateforme diffuse des informations sur le fondateur de WikiLeaks, symbole de la liberté de la presse dans le monde. Une semaine après, le 18 juillet, le compte est toujours suspendu.

Les acteurs de Unity4J ont organisé une campagne contre la persécution, l’arrestation et l’extradition de Julian Assange. D’après quelques observateurs, il semblerait que depuis quelques semaines plusieurs comptes, partisans de Assange, ont été visés par une suspension. Censure des réseaux sociaux au profit des gouvernements ?

Roger Waters, co-fondateur du groupe Pink Floyd, a diffusé une vidéo le 13 juillet pour dénoncer cette suspension abusive, accusant la plateforme, “bras de la police de la pensée”, de vouloir faire censurer les défenseurs du “grand héros de la liberté de la presse et de la liberté de toute nature”,

Quels sont les faits reprochés ?

Julian Assange et son site WikiLeaks ont révélé les crimes de guerre de l’armée américaine (une vidéo de Chelsea Manning, emprisonnée aux Etats-Unis), la corruption du gouvernement américain (notamment des documents compromettants pour la Fondation Clinton) ou encore les complaisances des grands médias envers l’élite du pouvoir.

Pourquoi les médias ne mettent pas plus en avant les crimes révélés par Assange ? Il s’agit pourtant de la cause de son asile à l'ambassade d’Equateur et de son incarcération.

Alors quelles sont les réalisations de WikiLeaks ? Parmi les plus intéressantes, il y a donc la vidéo de Chelsea Manning, présentant l’équipage d’un hélicoptère américain tirant avec enthousiasme sur des civils irakiens (deux journalistes de Reuters ont été tués). De façon synthétique, Assange a également révélé que les bibles secrètes de la Scientologie parlent d’aliens, que des innocents sont torturés dans le centre de détention de Guantanamo Bay, que la Russie espionnait les téléphones, que la Cour suprême australienne voulait interdire aux journalistes de parler d’un énorme scandale de corruption impliquant la banque centrale et des dirigeants internationaux. WikiLeaks a mis en avant un scandale pétrolier au Pérou ou encore l’invasion illégale de l’Irak par les Etats-Unis. Il y a bien sûr eu la révélation concernant la secrétaire d’État Hillary Clinton, qui a ordonné aux diplomates d’espionner les délégations française, britannique, russe et chinoise au Conseil de sécurité de l’ONU.

On comprend mieux pourquoi Assange est détesté par les gouvernements du monde entier, et pourquoi les médias, souvent très proches des membres au pouvoir, ne souhaitent pas diffuser ce genre d’informations. Ces mêmes médias qui n’hésitaient pas à utiliser WikiLeaks pour leurs articles et reportages.

Et maintenant ?

Il y a quelques jours, on apprenait que le fondateur de WikiLeaks aurait fait en 2016 de l’ambassade équatorienne au Royaume-Uni un "poste de commandement" pour influencer le résultat des dernières élections présidentielles aux États-Unis. A en croire la chaine CNN, qui s'est appuyé sur des rapports de surveillance compilés pour le gouvernement équatorien par UC Global, Donald Trump peut dire merci à Assange.

L’objectif des médias est-il de faire oublier ce qu’a dévoilé Assange, en lui assignant une image de manipulateur détestable ?

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