La vérité n'est plus l'affaire des médias

La guerre par les médias et le triomphe de la propagande sont désormais le lot du quotidien des journalistes. Le numérique révolutionne l'information et altère la vérité de l'actualité. Pour le journalisme, quelque chose a définitivement changé.

Le bon sens ordonne au journaliste d'indiquer ce qui concerne la question de la vérité sur le fond des faits, d'où découle l'obligation de la suivre fidèlement. Le droit irrépressible des journalistes à la liberté d'information et à la critique, limitée par le respect des dispositions légales dictées pour protéger la personnalité d'autrui et leur obligation impérative de respecter la vérité de fond de faits, a toujours respecté les devoirs imposés par la loyauté et la bonne foi. Le journaliste peut utiliser ses sources pour décrire une réalité aussi proche que possible de la vérité des faits, sources qui peuvent ne pas être révélées, car elles ont un caractère fiduciaire.

Il n’est pas toujours possible pour un journaliste d’être véridique, même si un professionnel se doit de faire tout son possible pour s’approcher le plus possible de la vérité. Bien souvent cela ne dépend pas de lui. Les nouvelles fournissent aussi des opinions qui peuvent modifier la perception du message.

La vérité est l’objet et le but de la communication et c’est le problème central que doit poser le journaliste qui veut mettre son métier sur l’éthique de la communication. La véracité est la vertu qu'exprime une personne authentique. La véracité est la correspondance entre ce que l'on pense et ce qui est communiqué. La vérité appliquée à la profession de journaliste est précisément la correspondance entre l'opérateur de communication et le résultat de son travail de communication. Cela s'appelle également "cohérence", une notion qui échappe à de nombreux opérateurs de l'information.

La véracité n'est que la projection utopique de notre vision de la vérité

Dans une large mesure, le journalisme actuel signifie aussi confronter le pouvoir des médias et le nombre énorme de blogs qui ont divisé l'actualité, en l'adaptant aux différents types de lecteurs, aux endroits où cela se propage, à la politique aux mille facettes changeantes. La responsabilité de diffuser des informations aussi proches que possible de la vérité de fond dépend de la déontologie professionnelle du journaliste. La vérité journalistique est aussi le résultat d'un processus concret qui ne réside pas seulement dans la pensée, mais dans la transcription concrète de la réalité des faits en restant le plus objectif possible, de bonne foi, même si elle reste toujours entachée de l'arbitraire inconscient du journaliste.

Il est clair que la véracité n'est que la projection utopique de notre vision de la vérité. En revenant au journalisme, à la vérité substantielle, les événements d’actualité, avec des témoignages irréfutables, dépendent beaucoup des lecteurs ciblés. La tentation de vouloir influencer le lecteur est ce qui est le plus courant aujourd'hui. Pour changer le sens d'un article, il suffit d'un "probablement" ou d'un "il est supposé que ..." pour jeter le doute sur une modification de la vérité de fond.

Parfois, l’utilisation de certains adverbes comme "probablement" ou "peut-être" est essentielle pour attirer l’attention sur un "probable" coupable d’un crime, induisant même en erreur afin de conditionner l’opinion publique. L'utilisation de "il n'est pas certain que ..." , "il n'est pas dit que ..." implique implicitement qu'il existe aussi une autre version des faits. Les demi-phrases servent aussi à tromper et à jeter l’ombre d'un doute sur un innocent probable, sans rapport avec les faits, ce qui permet au journaliste de se protéger de toute plainte.

Fin des enquêtes, fin de la vérité substantielle des faits

Ce sont des sophistications du métier pour ceux qui doivent survivre en s’adaptant à une ligne éditoriale. Mais les informations sont déformées et le lecteur les interprète de manière discrétionnaire. Est-il donc encore possible qu’un journaliste, eu égard à la déontologie de la profession, puisse présenter une nouvelle avec une intention de vérité ? Ou bien la vérité est-elle devenue une utopie afin que chaque lecteur puisse l'interpréter selon mille critères et points de vue différents ?

Pour révolutionner l'information et changer la vérité de l'actualité, la révolution numérique a eu lieu et quelque chose a définitivement changé pour le journaliste. Les nouvelles technologies portent un coup de grâce pour la presse du papier journal qui se meurt. Le lecteur n'a plus besoin d'attendre le lendemain matin pour approfondir ou satisfaire sa curiosité sur l'actualité du moment ou pour approfondir ses connaissances sur des sujets de fond. Le lecteur est devenu internaute. Il est déjà bombardé par des informations télévisées, mais il y a pire, il a les informations en ligne. Une information qui arrive même avant le journal télévisé à la vitesse de la lumière. Ce n’est pas vraiment une nouvelle complète, c’est une "alerte" sur un fait présenté parfois en "urgent", une sorte de prévoyance sur un fait, progressivement confirmée ou démenti, pour être ensuite reconfirmée. Vient ensuite les nouvelles sur la nouvelle, puis les témoignages ...puis soudain, en une seconde, une autre nouvelle prend le relais, et ainsi de suite, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Les utilisateurs du réseau s'adaptent, s'habituent à l'information rapidement, trop vite, et le quotidien à acheter tous les jours et à lire avec calme, curiosité et intérêt, perd sa fonction. Fin des enquêtes, fin de la vérité substantielle des faits, élaborée, approfondie et comparée avec les sources du professionnel du papier imprimé.

Le journaliste est celui qui influence alors que la crédibilité est sa réputation

Les lecteurs du réseau lisent les en-têtes et les légendes, se nourrissant de nouvelles fragmentées, souvent si incomplètes et déformées qu’elles ne sont parfois que des canulars. Dans cette version inutile et dévastatrice, pour la profession de l’opérateur d’information, changent également les mots qui désignent toujours la profession. Nous ne vous informons pas par le biais du papier imprimé, mais sur des "appareils numériques". Les nouvelles sont le "contenu pertinent". Les lecteurs sont la "communauté". Le journaliste est celui qui influence alors que la crédibilité est sa réputation.

Pour les lecteurs de médias, le journal à lire au bar ou pendant les pauses du travail, dans le bus ou sur le canapé dans des moments de détente est une habitude presque enterrée. Remplacé par les nouvelles en ligne, rapide, mince, immédiat. Les nouvelles avec beaucoup de profondeur, celles écrites dans l'odeur de la vérité, accompagnées des sources trouvées, des images et des liens pour vérifier les faits, sont purement évincées.

En l’absence d’informations sur papier, y compris par manque de fonds pour la publication, il ne reste plus qu’à prendre en compte les magazines spécialisés, souvent uniquement en ligne.

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