Trop de pudeur : le cinéma ne s'adresse plus qu'aux jeunes

L'industrie cinématographique cherche le succès basé sur des films qui s'adressent essentiellement à un public jeune, préférant les scènes d'action et délaissant les scènes de sensualité et de sexe qui font la grandeur des films comme Basic Instinct ou Les valseuses. Les plateformes de streaming comme Netflix ont pris le relais.

Une baisse au box-office américain de 10% des spectateurs est annoncé pour le premier trimestre l'année 2019, par rapport au premier semestre de 2018. Cette situation qui touche l'industrie cinématographique n'est pas seulement due à la concurrence des services de streaming, en pleine croissance, mais aussi à l'offre actuelle qui semble avoir perdu le contact avec son public.

Le cinéma, surtout américain, s'adresse essentiellement à un public jeune. C'est peut-être pourquoi le cinéma semble avoir perdu son audace créative, le sens du risque et l'envie de nouveauté. Les calculs économiques ont pris le pas sur la création culturelle. La priorité est mise sur le court terme, le facile, le divertissement à peu de frais. Les séries de Netflix ou Amazon, avec leurs dialogues et leurs scénarios formatés, donnent le diapason aux studios des ex grands producteurs de l'industrie du cinéma.

C'est dans ce nouveau contexte que les films comportant des scènes érotiques ont quasiment disparu. Même si davantage de scènes plus osées ne détermineraient pas la qualité d'un film, à l'inverse, l'absence de scènes sensuelles, à priori justifiées, peut nuire véritablement à un film. C'est en ce sens que le cinéma a abandonné une partie de son charme traditionnel. Hollywood a renoncé à voir les adultes américains dans les salles de cinéma au profit des adolescents, dans le seul intérêt de recruter la jeunesse à son profit.

Le cinéma doit proposer quelque chose de nouveau. Les succès estivaux prévisibles de l'année 2019 sont les films de super-héros Marvel, le film d'action John Wick 3 et le film d'animation Toy Story 4. Le cinéma, en particulier américain, a fait ses adieux au sexe, même si quelques films se retrouvent encore parfois sur les écrans des pays européens. Dans l’ensemble, les films utilisent un langage soit enfantin ou beaucoup plus grossier qu'auparavant, mais ce n’est quasiment plus érotique. Les scènes de violence, même les plus morbides ne sont pas un problème et sont produits à profusion, mais la nudité a disparu. Cela donne une étrange disproportion : la société est devenue plus permissive, mais le cinéma ne l’est plus.

Personne ne s'est plaint d'avoir travaillé sur L'Insoutenable légèreté de l'être (1988) de Philip Kaufman, dans lequel le trio composé de Juliette Binoche, Lena Olin et Daniel Day-Lewis s'emballe. Pas même la merveilleuse scène avec Olin, Day-Lewis et un miroir. Les scènes de sexe existent encore de nos jours, mais les films qui osent mènent une existence de niche. Le grand public reste chaste. En France, les films interdits aux moins de 16 ans sont devenus rarissimes.

Les scènes de nu peuvent donner une mauvaise image des acteurs

Hollywood veut servir les hommes et les femmes de manière égale dans chaque production. Et bien sûr, il y a internet, qui affecte les cinéastes de différentes manières. Mais le net a conduit à une omniprésence de la vraie pornographie jusque dans les crèches. Il semble étrangement inutile de briser les tabous à l'écran, peut-être que les cinéastes n'ont pas envie de soulever ce défi. Ils peuvent prouver leur courage en intégrant des images provocantes pour le grand public comme par exemple le biopic Elton John "Rocketman" (film retraçant la vie de l'artiste) qui est le premier blockbuster qui contient des scènes de sexe entre hommes.

Pour les contrats de publicité, les scènes de nu peuvent donner une mauvaise image des acteurs. Pourtant, par exemple, la marque de cosmétiques Lancôme n'a pas été dissuadée par l'histoire cinématographique de Juliette Binoche. Dans le passé, les grandes scènes de sexe et de nu avaient une visibilité limitée aux salles de cinéma. Aujourd'hui, chaque scène peut au contraire devenir une image fixe reproductible à l'infini et le monde entier a la possibilité de voir ces images et de les avoir dans sa poche via son smartphone. Il n’est pas étonnant que de moins en moins d’acteurs aiment filmer de telles scènes, de peur d'attenter leur dignité. Même dans la vie de tous les jours, c'est une pression que les acteurs ressentent fortement.

Ainsi, les belles histoires d'amour ont complètement disparu des salles obscures. La censure est douce mais s'opère partout dans le monde. Le cinéma est tristement prude, pour plaire à la masse dont les mœurs ont évolué. Dans un monde où chacun peut retrouver de la pornographie à profusion sur internet, pourquoi le cinéma et les acteurs s’embêteraient à présenter des scènes délicates ? Le sexe explicite, c’est-à-dire la pornographie, étant disponible à volonté sur les plateformes spécialisées, le cinéma classique n’a plus de grande révélation à faire de ce côté-là.

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Le monde de robots vers lequel nous allons ne reconnaîtra ni l'amour ni la mort

Michel Dura
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