Dans nos sociétés de consommation, la technologie est un frein à l'écologie

L'Humanité a réalisé des progrès considérables en matière scientifique, technique et médicale. Il est difficile de ne pas reconnaître leurs apports dans les conditions de vie d’une très grande partie de la population mondiale. Cependant, le progrès engendre de la pollution et du gaspillage des ressources, dû notamment à l'obsolescence programmée.

La période historique dans laquelle nous vivons se caractérise selon deux critères identitaires fortement liés l'un à l'autre ; d’une part celui concernant la société post-industrielle et d’autre part celle de la société de l'information. Ces définitions expliquent la grande importance prise dans les pays à économie avancée par le secteur tertiaire (les services et l’information) par rapport au secteur industriel.

La dématérialisation repose fortement sur la production et la consommation des ressources humaines et environnementales dont l’essentiel est issu de ressources naturelles de zones de guerre, dans lesquelles le travail forcé est utilisé. Cependant, avec les innovations technologiques de l'information, de la cybernétique, de l'électronique et de l'automobile, d'autres minéraux sont devenus des ressources cruciales pour les industries de référence. Par exemple, le minerai nommé "coltan" - mot-valise pour une combinaison de niobium et de tantale, un minerai de couleur noire ou brun-rouge dont on extrait le niobium –, ainsi que le lithium et le cobalt.

Les bonnes âmes crient au scandale un iPhone à la main

De très nombreux reportages et articles ont mis en évidence les conditions de vie extrêmement dégradantes induites par le processus de travail d'extraction des minéraux. Dans le cas de la République Démocratique du Congo (RDC), un recours collectif a été intenté par un groupe de citoyens congolais contre les géants de la haute technologie pour condamner l'exploitation du travail des enfants.

Le travail forcé dans l'extraction du cobalt, minéral fondamental pour les batteries lithium-ion, au cœur de la vie des batteries des machines électriques et de nos smartphones, est révélateur des contradictions idéologiques des sociétés avancées, dans lesquelles les bonnes âmes crient au scandale un iPhone à la main.

Depuis les années 1970, le modèle économique et organisationnel peut être décliné en économie de partage, collaborative, de travail sur demande via des applications, etc. L'attention portait tout d’abord et principalement sur les dimensions de la collaboration et du partage des ressources sous-utilisées pour, plus tard, porter sur l'exploitation et la dégradation des conditions de travail, équilibrés par l’Etat providence. Les chaînes de production se matérialisent alors en deux contradictions évidentes. L'une repose sur le duel entre le capital et le travail, l'autre entre le capital et l'environnement. Elles accompagnent le capitalisme depuis toujours.

Cependant, dans une perspective qui considère le système socio-économique comme une unité organique, les interventions pour protéger les travailleurs et l'environnement concernaient principalement les pays du Nord de l’Europe. Les mineurs de l'hémisphère sud sont exclus de toute hypothèse de droit du travail et des droits de l'homme en général. Dans cette région de la planète, où se situe la Chine, s'ajoutent l'exploitation intensive des ressources naturelles et la pollution due à l'activité de production des usines.

La pertinence fournie par le cas du tantale est révélateur. Les condensateurs sont des appareils électriques dont le but est de stocker de l'énergie dans un champ électrique et les semi-conducteurs au tantale vous permettent d'accumuler une plus grande part, même avec des dimensions et un poids plus petits. Cela signifie qu'il garantit de meilleures performances que les condenseurs fabriqués avec d'autres matériaux, avec une réduction de l'espace occupé. Ce facteur dans l'industrie électronique est fondamental, car il permet la miniaturisation des composants et donc de gagner de l'espace et de réduire le poids d'un appareil.

Le marché des produits électroniques est celui qui est le plus impliqué dans la dynamique des produits jetables

Le premier emploi important a commencé dans l'armée, en particulier pendant la Seconde Guerre mondiale, pour l'utilisation du radar et de la radio pour les communications. Par la suite, dans un contexte social dominé par les technologies de l’information et de la communication, et caractérisé par la massification des appareils électroniques, son importance a augmenté de façon exponentielle, avec une intensification conséquente de l'extraction. Quoi qu'il en soit, le tantale continue à ce jour d'être obtenu en partie à partir des déchets issus du traitement d'autres minéraux (en particulier l'étain), donc dans la partie de la chaîne d'approvisionnement dans laquelle les raffineries et les fonderies sont impliquées.

Le marché des produits électroniques est, avec les vêtements, celui qui est le plus impliqué dans la dynamique des produits jetables. Or, la production d'un appareil électronique implique l'exploitation d’une main-d'œuvre importante et a un impact écologique conséquent, tant dans la phase d'extraction et dans celle du nettoyage et du traitement du minéral que dans la phase recyclage.

Pour réaliser l’ampleur de la relation entre les habitudes quotidiennes et l'exploitation des ressources humaines et environnementales, il convient d'analyser les modes de consommation. Un téléphone portable ou un PC subissent une obsolescence technique, psychologique ou symbolique. Les innovations techniques rendent, en permanence, obsolètes les techniques et les dispositifs utilisés. La désuétude n’est pas due uniquement à l'usure technique, mais aussi à la perception alimentée par la publicité, la mode et le style.

De plus, l'obsolescence programmée consiste à mettre fin au cycle de vie du produit plus tôt que nécessaire, grâce à l'artificialité d'un défaut dû à l'application d'un dispositif conçu pour interrompre à l'avance la fonctionnalité correcte. Ce type d'obsolescence a été spécifiquement conçu pour vendre plusieurs produits, car lié au symbolique par une relation symbiotique. Pour les produits électroniques de masse, cet aspect est très évident, les principales sociétés de vente bombardant constamment le public de campagnes publicitaires qui poussent à la consommation et l'achat du dernier modèle mis sur le marché.

L’effet qui résulte de ces comportements est la création d'énormes quantités de déchets, dont la majorité est éliminée dans les pays du Sud. L'impact pour ces régions du monde est double. En fait, si à l'origine ils sont pillés de leurs ressources naturelles, à la fin du cycle ils deviennent des décharges. De plus, un commerce illicite de ces déchets s'est développé au fil du temps, dont beaucoup sont toxiques, les déchets électroniques contiennent des substances telles que le plomb, l'arsenic, le béryllium, qui, une fois brûlées, produisent un gaz toxique.

Les sociétés économiquement développées sont donc au milieu de deux forces qui évoluent dans des directions différentes. D'une part, celle de la nécessité de mettre en œuvre des politiques de lutte contre le réchauffement climatique, par exemple par l'adoption de nouvelles sources d'énergie et la réduction de la consommation d'énergie. D'autre part, celle de la nécessité de créer et d'entretenir les infrastructures informatiques et numériques nécessaires à la reproduction de notre quotidien. L’idéal à rechercher est sans doute de mettre la technologie au service de l'écologie, par exemple en trouvant les moyens d’absorption en masse du CO2 en trop dans l'atmosphère, ou de se passer de matières rares.

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