Elargissement de l’UE : mésentente cordiale entre la France et l'Allemagne

L’Allemagne a ouvertement exprimé sa volonté de procéder à l’élargissement de l’Union européenne dans les Balkans occidentaux. Le réalisme allemand s'est heurté à la vision française, qui a un point de vue différent sur les avantages et les inconvénients d'un tel élargissement dans la poudrière des Balkans.

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Les célébrations du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin en 1989 ont été l’occasion de souligner la réunification du continent entrepris dès la fin de la Seconde guerre mondiale. Cet événement historique a permis de transformer la Communauté économique des traités de Rome de 1957 en l’Union européenne (UE) du Traité de Maastricht de 1992. Depuis lors, l’UE a été caractérisée par des élargissements continus, au point de suggérer que l’idée de bâtir un super Etat européen à l’image des États-Unis d’Amérique était envisageable. L’utopie mondialiste des forces libérales qui prenaient le pouvoir économique de la planète réjouissait le monde de la finance qui voyait là un terrain de chasse infini.

Les identités historiques ont été réactivées

Cependant, le chemin est pavé de multiples crises qui se succèdent depuis. La décennie qui s’achève bientôt, le phénomène du Brexit et les réactions populaires qui montent dans tout le continent, ont commencé à ébranler l'optimisme de l'intégration en pessimisme de la désintégration. Les désaccords et les replis nationaux, en particulier entre les États de l’Europe occidentale et ceux de l’Est, sont apparus et de nouvelles divisions entre les 28 pays membres de l’UE ont eu lieu.

Sur le plan économique, le plus récent élargissement a été plutôt réussi. Par contre, sur le plan politique dans les derniers pays entrant, la position de nouveaux dirigeants élus sur des programmes plus nationalistes, la face négative de l'UE s'est progressivement imposée, faisant apparaître l’organisation comme étant insensible aux préoccupations de leurs citoyens. Les identités historiques ont été réactivées.

C’est la politique d’immigration proposée, voire imposée, par la Commission européenne qui a radicalisé le sentiment nationaliste. Sa solution proposée en 2015 d’attribuer des quotas de réfugiés politiques dans les différents États membres de l’UE sur la base de paramètres objectifs, n’a pas été appréciée. Le sentiment de ne pas être entendu par les citoyens est apparu dans presque tous les États membres de l'UE. Dans les pays d'Europe orientale, le nationalisme s’est réveillé par crainte de voir réapparaître les fantômes aux formes post-soviétiques.

Pour tous ces pays et d’autre de l’Ouest de l’UE, l’organisation européenne doit servir à garantir la sécurité territoriale et à promouvoir la croissance économique sans chercher à réglementer la souveraineté nationale. Comme l'a déclaré le Premier ministre hongrois Viktor Orban en juillet 2014, "nous devons rompre avec les principes et les méthodes libérales [...] La démocratie libérale est incapable de servir les intérêts de la nation".

La Commission européenne a activé l'article 7 du traité pour soumettre la Pologne (2017), puis la Hongrie (2018) à une procédure d'infraction pour non-respect des valeurs de l'Etat de droit (formellement célébré par l’article 2 du même traité). La Commission européenne est apparue comme le Kremlin en son temps, en se permettant de tirer l’oreille de dirigeants élus démocratiquement par des peuples souverains.

L'Europe est devenue plus incertaine sur le plan géostratégique

Les pays de l’Est et ceux de l’Ouest se sont rapprochés sur le plan économique mais éloignés politiquement, à la grande surprise des dirigeants occidentaux, apparemment ignares en histoire du continent européen. L’apparatchik européen considère l'UE comme une organisation quasi internationale, et donc l'élargissement est censé stabiliser un espace géostratégique. Pour Bruxelles l'élargissement est une stratégie de politique étrangère, ce qui explique qu'aujourd'hui, ils proposent une relance contre l'Albanie, la Macédoine du Nord ou la Turquie pour les mêmes raisons. Pour les idéalistes pur jus, l'UE est une organisation quasi fédérale et l'élargissement était censé compléter le projet politique d'une "union sans cesse plus étroite", résultat inévitable de l'histoire européenne.

L'Europe est devenue plus incertaine sur le plan géostratégique et plus divisée sur le plan politique. L'intégration économique et politique ne coïncide pas. Les États-Unis ont un intérêt à la fois dans la zone de sécurité et, par conséquent, dans l'OTAN, ainsi que dans la zone de stabilité économique et juridique, qui s'étend dès que possible dans les Balkans. La France tente de défendre son intérêt national, de donner une réponse juridique à l'arrêt de l'intégration de la Macédoine et de l'Albanie, mais il est très probable que ce type d'approche risque de ne pas être pris en compte. L'UE devra accepter certaines modifications afin d’éviter l’erreur du dernier Conseil européen qui a méprisé la décision d’Emmanuel Macron de rejeter les nouvelles demandes d’expansion de l’UE.

Une nouvelle crise pourrait éclater à tout moment

L’Allemagne a agit en coulisse pour faire avancer les négociations entre Skopje et Athènes en vue du règlement du différend sur le nom de la république macédonienne. L'intermédiation et les pressions exercées par Berlin sur les deux pays étaient liées à un plan précis ayant pour objectif final d'élargir l'Union européenne dans les Balkans occidentaux, ce qui permettrait, d’après Berlin, de stabiliser la région et de réduire l'influence des Russes, des Turcs et des Chinois.

Le réalisme allemand s'est heurté à la vision française. Paris a raison de considérer et de craindre les répercussions que tout conflit ethno-religieux pourrait avoir sur la santé du projet européen. La décision de reporter à plus tard l'entrée de l'Albanie et de la Macédoine du Nord offre de nombreuses marges d’action et d’opportunités à d’autres puissances souhaitant renforcer leur présence dans les deux pays.

En réalité, l’Allemagne et la France ont toutes deux pour objectif d’intégrer l’ensemble de la péninsule à l’orbite européenne, mais leurs méthodes et leur calendrier divergent, tout en convenant du danger que représente la pénétration russe et chinoise. Et c’est précisément pour cette dernière raison que Berlin a voulu accélérer l’entrée, au moins, de Tirana et de Skopje. Dans les Balkans, une nouvelle crise pourrait éclater à tout moment et, comme lors des guerres en Yougoslavie dans les années 90, il est fort probable que l'UE ne serait pas en mesure de la gérer, finissant par être submergée.

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