Espagne : la fin du bipartisme se confirme

Dans un contexte très complexe, les électeurs espagnols se sont mobilisés, avec un taux de participation de plus de 75%, Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez est ressorti vainqueur (123 sièges), mais faute de majorité absolue, il devra former des alliances pour gouverner, alors que le parti ultranationaliste Vox entre au parlement (24 sièges).

La consolidation de certaines phases de changement politique est en train d’être testée sur l’un des États considérés comme le plus stable de toute l’Europe. Ces consultations ont donc répondu aux attentes, même si, comme toujours, elles sont pleines d'inconnues.

En Catalogne, la participation a atteint son apogée historique. La forte mobilisation est due à la situation politique tendue qui existe entre les différentes forces politiques du pays. Cette participation importante s'explique certainement par l'envie des électeurs de gauche, effrayée par le retour en puissance de l’extrême droite, d'enrayer la progression du parti Vox.

Les résultats des élections atteste la victoire d'un parti et la stratégie de son leader Pedro Sanchez, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Les socialistes ont obtenu 29% (123 sièges), augmentant leurs votes d'environ 7% par rapport à 2016, alors que le parti radical de gauche Podemos a subi une débâcle d'une importance non négligeable, atteignant seulement 14% (soit 42 sièges), perdant ainsi un tiers de ses élus (71 sièges).

La formation de Pablo Iglesias espère conclure une coalition gouvernementale avec le PSOE. C'est assez ironique, presque comique, car Podemos dénonçait il y a peu encore "la caste" politicienne garante des intérêts des oligarques, des capitalistes et de la monarchie, diatribe qui lui permettait de séduire son électorat de gauche. Pablo Iglesias souhaite maintenant former un "gouvernement de gauche" avec ceux qui, selon lui, ont ruiné l'Espagne et rendu pauvres des millions de citoyens.

L'un des aspects évidents de ces élections est la crise profonde du parti libéral-conservateur Parti populaire (PP), dirigé par un homme sans charisme, Pablo Casado (17%), qui a plus que réduit de moitié ses élus (66 sièges contre 137 précédemment). La grave difficulté du PP a logiquement profité au parti de centre droit Ciudadanos (15,8%), qui a remporté 57 sièges, et au nouveau parti d’extrême droite Vox. Cette dernière formation, poussée par les réactions suscitées par la tentative indépendantiste catalane et certainement favorisée par le renforcement du souverainisme en Europe, a remporté 24 sièges (10%).

Sur la base des résultats, force est de constater que ces consultations ont marqué la fin du bipartisme espagnol. Les deux partis traditionnelles, les socialistes du PSOE et le Parti populaire, qui ont dominé les gouvernements des années 1980 à aujourd'hui, n'ont même pas obtenu 50% des voix alors qu'il y a dix ans, elles dépassaient les 80%. Cependant, cette situation a permis de lancer un processus de polarisation entre blocs, ou alignements de droite et de gauche, dont les résultats ont également été observés dans les orientations politiques de la campagne électorale.

D'un côté, les gauchistes ont renforcé une direction politique visant à garantir la stabilité (très pro-européenne) qui se rapproche également des électeurs du centre, tandis que sur la droite une course pour être en tête de liste entre Pablo Casado et Albert Rivera devrait vite désigner le vainqueur. Cela a parfois été convulsif, à tel point qu'il a abandonné les électeurs du centre, mais a poussé de manière presque frénétique les thèmes et les arguments les plus conservateurs, dans le but de freiner l'avancée de l'extrême droite. Ainsi, en ce sens, la course traditionnelle à l'électorat du centre, typique de la démarche des partis centristes, fait défaut. Le socialiste Pedro Sanchez, pour sa part, a une bonne occasion de récupérer la partie de son électorat perdue au cours de la dernière décennie.

Cependant, à l'heure actuelle, la situation présente plusieurs inconnues pour l'avenir. Entre-temps, malgré l'affirmation des socialistes, une éventuelle coalition de gauche aurait besoin d'au moins quinze sièges pour obtenir une solide majorité parlementaire, soit environ 180 par rapport aux 176 nécessaires. Cela garantirait le pouvoir parlementaire, puisqu'une majorité claire ne serait pas issue du scrutin, mais seulement la majorité relative d'un parti, bien que de taille considérable. De plus, le système espagnol commence à avoir des gouvernements de coalition dans les décennies à venir dans un sens complet comme dans d'autres pays européens.

Un modèle qui, ces dernières années, était étranger à la politique espagnole, habitué aux dirigeants - du Premier ministre - formé par le président et les ministres du même parti, celui de la majorité relative, parfois avec le soutien de certains partis, souvent régionaux, mais sans aucun ministre dans le gouvernement. Et toujours pour signaler les aspects du changement, pas moins de 22 députés déclarés indépendantistes entreront à la Chambre basse, principalement des représentants d’Esquerra Republicana (ERC) et du parti indépendantiste Ensemble pour la Catalogne de Carles Puidgemont.

Mais le cas catalan, l’une des questions les plus décisives, peut fournir la clé de la formation du prochain gouvernement. L'élection de 15 députés d'Esquerra Republicana, défendant une solution constitutionnelle de la question catalane, pourrait permettre, avec la victoire des socialistes, la formation d'un gouvernement de gauche avec les socialistes du PSOE et les représentants de Podemos. A ceux-ci pourraient être ajoutés le Parti nationaliste basque (PNV) et le parti Compromis, une coalition politique de la Communauté valencienne.

En fait, à l'heure actuelle, la seule majorité de gauche possible serait avec les partis nationalistes "régionaux". Sanchez devra donc inévitablement rechercher un accord avec ERC. Et cela ne semble pas impossible, compte tenu des dernières déclarations de son chef, Oriol Junqueras, qui s’est exprimé en faveur du candidat du PSOE depuis la prison. De même, les expressions d’accord avancées par les dirigeants du PNV peuvent être interprétées.

Au lieu de cela, un accord entre le PSOE et Ciudadanos est très improbable, selon les fortes différences exprimées lors de la campagne électorale. En substance, il faudra voir si le dialogue avec l'indépendance catalane ne devient pas un "bourbier" pour Pedro Sanchez, comme le craignent certains journaux espagnols. Tel sera le dilemme du leader socialiste.

A la recherche de la stabilité politique, l'Espagne des trois ou quatre dernières années est devenue une sorte de laboratoire en ce qui concerne la crise de l’État "autonome" traversé et frappé par la tentative d’indépendance de la Catalogne.

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