L'UE a besoin d'une Union des Nations et pas d'un traité franco-allemand

Le traité franco-allemand "de coopération et d'intégration", signé le 22 janvier à Aix-la-Chapelle, constitue une nouvelle étape dans la direction de l'intégration franco-allemande au cœur de l'Union européenne qui, ainsi, devient de fait une Union bicéphale à deux vitesses. 

Avec le retrait du Royaume-Uni de l'UE, la France et l'Allemagne auront forcément plus de poids à Bruxelles, en particulier si elles coordonnent leurs actions. Le traité franco-allemand "de coopération et d'intégration" signé le 22 janvier à Aix-la-Chapelle s’appuie sur le traité de l’Élysée, signé le 22 janvier 1963, pour marquer le début d’une nouvelle ère d’amitié entre les anciens ennemis héréditaires. Certaines clauses du traité devraient attirer l’attention d’autres pays de l’UE, notamment la Pologne et la Hongrie, dont les gouvernements actuels militent pour un traitement plus équitable des membres de l’UE et un meilleur respect de leurs ressortissants.

Ce nouveau traité pourrait affaiblir davantage une Union déjà divisée

Certains observateurs craignent que cela ne vienne aggraver les divisions actuelles dans l'UE, ce qui conduirait à une confrontation entre un axe franco-allemand et un axe opposé formé par l'Italie et le groupe de Visegrád. Le fait que les deux plus grands pays de l'UE se soient engagés à ne faire qu'un à Bruxelles peut très bien inciter d'autres pays à rejoindre le bloc franco-allemand ou à former un bloc opposé afin d'avoir suffisamment de poids pour défendre leurs propres positions. Ce nouveau traité franco-allemand, élaboré sans consulter les autres membres de l'UE, pourrait donc affaiblir davantage une Union déjà divisée.

Les craintes et critiques exprimées en Allemagne et en France montrent que ceux qui voient dans ce nouveau traité bilatéral un effort des deux pays pour dominer conjointement l’Union européenne peuvent avoir raison. Le projet de nouveau traité a été annoncé dans une déclaration signée par le président français et la chancelière allemande à Meseberg, dans le Brandebourg, en juin 2018. Dans cette déclaration, les deux dirigeants ont également évoqué la nécessité d'un Conseil de sécurité de l'UE et d'un vote à la majorité à Bruxelles.

Dans leur déclaration de juin 2018, Emmanuel Macron et Angela Merkel se sont engagés à promouvoir l'idée d'harmonisation des taxes sur les avantages des sociétés au niveau européen. Ils ont affirmé leur volonté d'approfondir l'union monétaire et de poursuivre une union bancaire et la création d'un budget pour la zone euro. Ils ont promis d'agir en vue de la création d'une Commission européenne plus petite, avec moins de commissaires qu'il n'y a d'États membres, et de l'introduction de listes transnationales à partir des élections européennes de 2024.

Maintenir une politique de migration rationnelle est crucial pour notre sécurité

L’Union européenne doit retrouver ses racines en tant qu’union de nations fortes, libres et égales et supprimer les monopoles, freiner tout protectionnisme et installer un véritable marché commun afin de donner aux entrepreneurs européens la liberté dont ils ont besoin pour innover et fournir de nouveaux services. Pendant trop longtemps, plusieurs pays ayant des ambitions protectionnistes ont fait obstacle à la concrétisation de cette réalité, sous prétexte de protéger les marchés du travail locaux.

L'UE devrait aussi créer une autorité, un type d'office européen de lutte contre les monopoles, ayant pour mandat de lutter contre les pratiques portant atteintes aux intérêts des consommateurs européens et des économies de l'UE. L'Europe est une histoire de réussite d'après-guerre. Nous devons cette paix durable à l'OTAN, l'alliance militaire la plus solide de l'histoire et l'épine dorsale de la défense européenne. Pour que l'Europe soit vraiment en sécurité dans les années à venir, nous devrons nous concentrer sur l'innovation dans le secteur militaire et augmenter considérablement les dépenses consacrées à la défense de nos démocraties contre les cyberattaques et les nouvelles formes de guerre hybride.

Maintenir une politique de migration rationnelle est également crucial pour notre sécurité. Il appartient aux gouvernements nationaux de protéger les frontières de leurs pays et, bien que la coopération européenne puisse être utile, ce principe de base ne devrait pas changer. De plus en plus d’Européens se méfient des institutions européennes et doutent de leur impartialité. Bruxelles semble traiter certains États membres mieux que d'autres, les approches en matière de déficit budgétaire, d'aides d'État ou de réformes institutionnelles semblant différer selon les pays.

Le moment est venu de réformer notre démocratie européenne

Les politiciens à Bruxelles devraient prendre moins de décisions et les représentants élus démocratiquement des pays membres de l'Union européenne devraient assumer davantage de responsabilités. En l'état actuel des choses, il est trop facile pour la Commission européenne d'ignorer la voix des parlements nationaux, même lorsqu'une majorité des gouvernements de l'UE partage un avis similaire. Pour que les citoyens puissent réellement influer sur les décisions prises à Bruxelles, il faut que cela change.

Au cœur de l'Union européenne, il est question de liberté, économique, d'expression, d'absence de pauvreté et d'exclusion. Sans liberté, la construction d'un foyer européen commun et d'un avenir européen commun devient impossible. Le moment est venu de réformer notre démocratie européenne et de s'unir dans la diversité qui a toujours été la grande force de l'Europe.

Nous avons besoin d'une Union des Nations adaptant la vision des fondateurs européens aux défis de notre temps. L'Europe a été fondée sur l'idée que ses États membres sont égaux au sein de l'alliance. Ce n’est que lorsque l’Europe sera véritablement un groupe d’États-nations égaux qui se respecteront que le continent pourra devenir une superpuissance.

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