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Le Parlement européen, un moteur à inaction

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Dans quelques jours, tous les citoyens de l'Union européenne seront appelés aux urnes pour élire leurs représentants au Parlement de l'UE. Cependant, il est très peu probable que les résultats de ces élections européennes puissent avoir une influence directe et décisive sur le fonctionnement de l'Union européenne. 

Les prochaines élections européennes ont lieu le 26 mai 2019 et serviront toutefois à prendre le pouls des opinions publiques européennes. . La date semble particulièrement pleine de sens, il s’agit en fait d’une élection dont la date de naissance remonte à 40 ans, la première ayant eu lieu en 1979. Depuis, beaucoup moins de personnes votent aux élections européennes qu'aux élections nationales.

Dans les années 1980, dans un système de partis encore très structuré, la différence était plus limitée mais déjà significative : aux élections nationales, près de 85% des électeurs votent, aux élections européennes, les chiffres sont plus aux alentours de 50%. Un fossé qui s'est progressivement creusé au cours des décennies. Le Parlement européen, l'assemblée de l'Union européenne, est aujourd'hui la seule institution élue directement par les citoyens de l'UE. Le parlement, composé de 750 députés européens plus son président, exerce une fonction législative auprès du Conseil européen, élit le président de la Commission européenne (institution composée de 28 commissaires qui promeut l'intérêt général de l'UE en proposant des textes législatifs, veille à leur application et met en œuvre les politiques et le budget de l'UE) et approuve ou refuse la nomination de l'ensemble de cette Commission.

Dans les faits, la loi fondamentale provient des traités

Le Parlement est né en tant qu'organe consultatif et depuis la naissance de la Communauté européenne il n'avait pas vocation à devenir un parlement législatif. Ce n'est que depuis 1999, avec le traité d'Amsterdam, devenu en réalité une sorte de Constitution de l'Union européenne, que ses pouvoirs ont été en partie renforcée. Mais dans les faits, la loi fondamentale provient des traités, tels que ceux de Maastricht, Lisbonne ou du pacte budgétaire, limitant ainsi la souveraineté populaire.

Il est très peu probable, voire impossible, que les résultats des prochaines élections européennes puissent avoir une influence directe et décisive sur le fonctionnement de l'Union européenne, étant donné que pour toutes les questions importantes pour les citoyens des pays membres, comme celles qui concernent les réformes économiques, c'est une Commission, et un mécanisme complexe d'équilibre entre les gouvernements nationaux, qui prend les décisions. Ces prochaines élections serviront, sans aucun doute, à prendre le pouls des opinions publiques des différents pays européens sur les perspectives de l'Union après une longue période de crise des économies internationales, de l'euro, de l'immigration et de l'agonie sans fin du Brexit.

Aujourd'hui, la réaction des pays et des institutions européennes, à tous ces chocs répétés, a été tardive et insuffisante, en partie à cause de conflits politiques entre pays membres, mais aussi à cause des limites structurelles du fonctionnement de l'Union européenne. La nature bancale de l'ensemble de la structure et la méthode de désignation des membres des organes principaux définissent une institution dans laquelle le transfert de souveraineté des citoyens européens n'a que peu d'effet sur l'UE par le biais de consultations électorales. Ce n'est pas au suffrage universel que sont décidés les organes de l’Union, mais c’est le résultat ultime des accords et équilibres transversaux entre États.

Cette Europe ne peut être que celle d'une déflation salariale sans fin

Que la zone euro ne fonctionne pas est maintenant un avis généralement consensuel. Vingt ans après la création de l'euro, le bilan économique est très négatif : la croissance européenne est moitié moindre que celle des États-Unis. La désindustrialisation de certains pays, les inégalités entre les pays du Nord et ceux du Sud, les tensions entre les dirigeants, en particulier vis-à-vis de la réelle domination allemande de l'économie et des institutions, ne font qu’aggraver les conditions de vies des citoyens européens. L'euro accentue les divisions au lieu de faire avancer l'Europe.

Lorsque les pays européens avaient chacun leur propre monnaie, ils bénéficiaient de taux de change adaptables. L'évolution des taux de change permettait d'ajuster les déséquilibres d'une économie dans ses relations avec les pays étrangers. L’existence de la monnaie unique, en revanche, empêche les pays européens d’échanger leur monnaie. En raison de l'euro, pour retrouver une certaine compétitivité, les pays sont poussés à procéder à une "dévaluation permanente interne", c'est-à-dire une dépréciation des salaires, des coûts, du bien-être et des prix. Dans la monnaie unique, tous les pays de l’UE sont amenés à se comporter comme l’Allemagne, à comprimer le marché intérieur, les salaires et le bien-être afin de stimuler les exportations. Cette Europe ne peut être que celle d'une déflation salariale sans fin.

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