Militarisation : jusqu'où ira le nouvel impérialisme de l’Allemagne ?

Le récent discours prononcé par la ministre allemande de la Défense nationale, Annegret Kramp-Karrenbauer, n’a pas eu l’écho qu’il aurait dû provoquer dans les médias européens et surtout français. Déterminée à défier la Russie et la Chine, elle propose pourtant une importante militarisation de l'Allemagne.

La Ministre Kramp-Karrenbauer enregistre une perte significative de ses soutiens dans des sondages récents qui indiquent une forte tendance à la baisse. Toutefois, cela ne signifie pas qu’il faille sous-estimer l’importance de ses opinions au sujet des intérêts de la première puissance européenne.

A Munich, le 7 novembre 2019, dans le cadre de l’Université des forces armées fédérales, à l’occasion d’un discours, la ministre de la Défense a indiqué qu’il était primordial pour l’Allemagne de prendre une position de leader afin de continuer à exister dans un monde qui s'est effondré. Cela suppose un développement qui exige une forte politique de sécurité et une militarisation de l’Allemagne.

Une ancienne envie d'impérialisme

Kramp-Karrenbauer a soulevé un vrai tabou en réveillant de façon surprenante une ancienne envie d'impérialisme. D'après la ministre, le monde connait actuellement un retour d’une forte concurrence entre puissances majeures dans de nombreux domaines d'influence et de domination. Elle a insisté sur le rôle que son pays doit dorénavant s’octroyer en devenant plus active dans la protection des valeurs et des intérêts de l'Allemagne. Elle considère qu’il est primordial de renouveler avec la puissance militaire pour exister au niveau mondiale pour être au centre des affaires mondiales.

L'Allemagne doit se préparer à la guerre pour ses propres intérêts, c’est le message du ministre de la Défense. Elle pense que la culture de la retenue a fait son temps et que l’Allemagne devrait se montrer prête à envisager l’ensemble des moyens militaires si nécessaire. Elle ne veut rien de plus que posséder les moyens militaires pour protéger les routes commerciales, pour supporter les puissances émergentes telles que la Chine et pour prévenir la supposée menace russe.

Pour commencer, l’Allemagne compte utiliser davantage l'OTAN et l'UE en s’appuyant sur les alliances actuelles avec des grandes puissances européennes telles que la France et le Royaume-Uni. C'est en effet l'Europe qui va lui permettre de se renforcer économiquement, politiquement et militairement. Sans ces alliances, l'Allemagne aurait du mal à gravir les échelons de sa remontée militaire à cause de son passé. Annegret a besoin d’une nouvelle loi parlementaire pour pouvoir participer aux missions étrangères qu'elle souhaite imposer à l’OTAN et à l'UE.

Kramp-Karrenbauer indique clairement que les dépenses militaires ont franchi la barre des 50 milliards. L’armement nécessaire pour son nouvel objectif "impérialiste" fait l’objet d’une attention particulière de la part du Secrétaire à la Défense, qui prévoit une augmentation des dotations financières pour les porter à 1,5% du PIB d’ici 2024 puis et 2% d’ici 2031, soit près de 85 milliards d’euros. Le PIB de l’Allemagne est d’environ 3 800 milliards d’euros en 2019. Ce gigantesque réarmement ne pourra se faire sans être lié à une coupe importante dans les dépenses sociales.

Les structures de prise de décision devraient être remplacées et il faut s’attendre à une transformation de l'ancienne République fédérale. Un conseil national de sécurité sera basé sur la conviction selon laquelle l'Allemagne est en guerre en permanence. Un état-major du conseil de sécurité national contribuera à la gestion des crises internationales de façon plus rapide et plus efficace.

Kramp-Karrenbauer est déterminée à défier la Russie et surtout la Chine. Tous les pays de la région pacifique, principalement l'Australie, le Japon et la Corée du Sud, mais aussi l'Inde, sont de plus en plus touchés par la puissance de la Chine. Ils attendent un signe clair de solidarité de la part de l’Europe.

Cependant, cela rend très dangereuse la formulation de menaces militaires par la secrétaire à la Défense. Pour l’instant, les bâtiments étincelants et imposants du gouvernement à Berlin font oublier le coût de l’unification qui a donné à l’Allemagne son boom économique de l’après-guerre. Trente ans après la chute du mur, la direction de l’Allemagne est entre les mains de femmes déterminées. Le Parlement allemand a transféré son siège de Bonn à Berlin en 1991. À la fin des années 90, Berlin était un immense chantier de construction. La Potsdamer Platz sera bientôt remplie d'immeubles de bureaux, d'appartements, de magasins et de cinémas. Dans la tête de nombreux allemands, un nouveau mur est toujours possible.

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