Trump et Erdogan, deux compères unis pour affaiblir l'Europe

Les relations entre les États-Unis et la Turquie étaient fortement dégradées. Pour tenter d'apaiser les tensions, Donald Trump a invité Erdogan à trouver une solution, avec dans son champs de vision, l’Union européenne. En effet, les deux dirigeants se sont mis d'accord pour prendre des mesures coercitives de nature financière envers l’UE.

Il y a quelques jours, le Président américain a accueilli dans son bureau de la Maison-Blanche à Washington le Président turc Recep Tayyip Erdogan. Ils semblent avoir trouvé un terrain d’entente cordiale, dans un contexte géopolitique tendu en raison des conflits multiples qui ravagent le Moyen-Orient.

Lors de sa conférence de presse, Trump n'a logiquement pas pu s’empêcher de surjouer sa satisfaction de faire un pieds de nez à Angela Merkel et Emmanuel Macron, en déclarant qu'il était "un grand fan" du Président turc. Il a cru nécessaire, devant un auditoire dubitatif, de souligner que les deux hommes entretiennent une bonne relation, et que les deux pays avait des intérêts communs. Pour enfoncer le clou et essayer de convaincre enfin les journalistes présents, Donald Trump a félicité la Turquie d’être un grand allié de l’OTAN et un partenaire stratégique important pour les États-Unis.

Cet élan d’amabilité reflète mal la situation dans laquelle se trouvaient encore les deux pays en octobre. Après la décision par Trump d’entreprendre le retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, toute la classe politique américaine, y compris des membres de son parti, a été consternée par cette décision. Dans presque toutes les capitales du monde, les réactions de désappointement ont été unanimes. Partout on dénoncait le danger pour les Kurdes, représentant un allié des États-Unis, d'être anéanti, suite à l'invasion immédiate de la région par la Turquie.

Trump vise essentiellement l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni

Comme il en a pris l’habitude, le modus operandi du Président américain a été de blâmer quelqu'un d'autre pour se déculpabiliser des conséquences de la situation chaotique ainsi créée. Il faut rappeler qu’il avait envoyé une lettre infamante à Erdogan, dans laquelle il menaçait de "détruire l'économie turque". Le comique de ses propos prend tout son sens quand un mois plus tard, au moment du cessez-le-feu dans le nord de la Syrie, Trump et Erdogan se congratule et se font la bise.

Les Kurdes ont combattu aux côtés des forces américaines pendant des années contre l'Etat Islamiste (EI), alors que la Turquie considère les milices kurdes comme formant une organisation terroriste. Erdogan a évoqué les anciens combattants de l'EI que la Turquie détient dans ses prisons et à évoqué le sort de trois millions de réfugiés syriens que son pays héberge. Il a également rappelé que la Turquie avait consenti à dépenser beaucoup d’argent dans ce conflit en précisant avoir "dépensé 40 milliards de dollars pour eux", avant de poursuivre sa déclaration par une attaque contre l'Europe qui serait financièrement redevable envers Ankara. L’UE a déjà payé trois milliards d’Euros pour le financement des dépenses pour les réfugiés détenus en Turquie. Pour Erdogan, c’est très insuffisant.

Pour Trump, l'Europe doit exporter moins ou importer plus

Depuis les tous premiers jours de son mandant présidentiel, Donald Trump s’est fixé l’objectif de retrouver un équilibre de sa balance commerciale avec l’UE. Il reproche à l’UE de ne pas avoir payé sa juste part du commerce, de la sécurité et de la défense. Trump vise essentiellement l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni en affirmant que tous ces pays n'aident pas les États-Unis. Pour Trump, l'Europe doit exporter moins ou importer plus dans ses relations commerciales avec les États-Unis.

Bien sûr la réalité démontre que les tensions entre les deux États subsistent. Ankara a fortement déçu Washington pour avoir fait l’acquisition du système de défense antimissile russe S-400, ce qui est évidemment une réelle et humiliante provocation pour l’OTAN dans son ensemble et une profonde déception pour Trump. C'est cette affaire qui a fait dire à Emmanuel Macron que l'OTAN était "en état de mort cérébrale".

Erdogan n’a pas apprécié la récente résolution concernant la reconnaissance du génocide des Arméniens adoptée par la Chambre des représentants. Cette résolution a été très mal perçue par la Turquie et jette une ombre sur les relations entre les deux pays. Ce génocide, perpétré par l'Empire ottoman d'avril 1915 à juillet 1916, a entraîné le massacre de 1,5 million d'Arméniens. La Turquie a toujours nié cet acte de crime contre l’Humanité et réagit à toute initiative exprimant un avis différent par un pays étranger.

Il faut s’attendre à ce que l’occupant actuel du Bureau ovale de la Maison-Blanche ne s’arrêtera pas de critiquer et de s’en prendre à l'Europe même si cela signifie mettre de côté les tensions avec la Turquie. Pourtant, pour les Etats-Unis, il semble que les risques les plus importants viendront du côté de la Chine.

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