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À l'image d'une nation qui est en train de s'écrouler

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Gérard Collomb quitte officiellement dès ce jour du 3 octobre 2018 le ministère de l'intérieur. Lundi dans la soirée, le ministre avait remis au président de la République sa démission, la deuxième en trois jours.

On se est dans le même climat politique que lors de la dernière année du quinquennat de François Hollande. Le premier ministre Edouard Philippe assure l'intérim de ministre de l'intérieur en attendant une nouvelle nomination. La passation de pouvoir est annoncée pouvant se dérouler entre 9h et 10h ce matin.

C'est tout le scénario et tous les dialogues du fonctionnement de la Macronie qui est remis en question

Voilà deux ministres d'Etat qui démissionnent en un mois ! La mine dépitée de nombreux députés de LREM en dit long sur la consternation, voire le malaise qui règne en ce moment parmi les fidèles à Emmanuel Macron. Ces derniers sont déboussolés et consternés par la série de couacs et de crises qui agitent le gouvernement et la Présidence, alors que seulement dix huit mois de mandat se sont écoulés. Le coup de théâtre de ce mardi 2 octobre restera dans les annales de la politique. Le duel entre un Ministre, très proche et un des tous premiers à avoir cru au destin de celui qui est devenu Président de la République est sans précédent. Emmanuel Macron, dont la gouvernance suscite des doutes de plus en plus visibles dans ses propres rangs, se retrouve sous le feu de la critique cinglante de l'opposition.

Un an et demi après l'élection du Chef de l'Etat, par delà la dégradation des relations personnelles, fortement accrue avec l'affaire Benalla, entre Gérard Collomb et Emmanuel Macron, c'est tout le scénario et tous les dialogues du fonctionnement de la Macronie qui est remis en question. Emmanuel Macron tranche, impose sa décision à tous, et veut s'occuper de tout contrairement à François Hollande à qui l'on reprochait, à juste titre, son indécision. Mais même s'il serait, parait-il, un bourreau de travail, le système jupitérien qu'il a voulu installer, montre des signes de dysfonctionnement. Chaque incident, et ils nombreux depuis quelques mois, en révèle les failles.

La séquence Gérard Collomb est significatif. Lorsque le Ministre de l'Intérieur annonce dans l'Express du 18 septembre qu'il compte quitter le gouvernement au lendemain des européennes pour retrouver sa mairie de Lyon, personne n'avait trouvé à y redire à l'Elysée où l'article aurait été relu avant sa publication. Mais personne dans l'entourage du Président n'avait pas anticipé les effets dévastateurs de cette annonce prématurée. Pourtant cela était le signe de la cassure entre Emmanuel Macron et son Ministre de l'Intérieur qui ne se privait pas, devant ses interlocuteurs, d'afficher ses critiques à l'encontre du chef de l'Etat. Dans un entretien au Figaro, c'est le 30 septembre que Gérard Collomb annonçait qu'il avait présenté sa démission à Emmanuel Macron et que ce dernier qui l'avait refusée, car il voulait conserver la maîtrise du calendrier.

Finalement, Gérard Collomb a refusé de laisser le choix de la date à Emmanuel Macron, et a ainsi déclenché une crise inédite. En effet, hier mardi, en pleine séance de questions d'actualité à l'Assemblée Nationale on apprenait que le Ministre de l'Intérieur maintenait sa démission en déclarant au Progrès, le journal de Lyon :

"Compte tenu des rumeurs et de la pression qu'il peut y avoir, je ne veux pas qu'une candidature demain puisse troubler la marche du ministère de l'Intérieur. Il faut une clarté vis-à-vis de nos concitoyens et une clarté vis-à-vis à des Lyonnais. Je maintiens donc ma proposition de démission".

Et pour que tout le monde comprenne bien sa résolution, le désormais ex-Ministre a donné une nouvelle interview en présence du Maire de Lyon, Georges Képénékian, qui annonce par la même occasion qu'il démissionne afin que Gérard Collomb retrouve son fauteuil. L'impatience s'est transformée en précipitation, voire en envie de déguerpir. Stupeur dans l'hémicycle où Edouard Philippe, pris au dépourvu, a déclaré : "Je proposerai au Président de la République les décisions qui s'imposent". Le même Edouard Philippe s'est plu à rappeler un plus tard au Sénat :

"Le premier ministre dirige l’action du gouvernement, et jamais je ne laisserai le début du commencement d’une hésitation pointer sur ce sujet."

Depuis l'Elysée Emmanuel Macron qui venait de subir un affront, faisait savoir qu'il jugeait "regrettable que Gérard Collomb se soit mis dans la situation le conduisant à démissionner", et qu'il attendait les propositions du Premier Ministre, pas mécontent de ne pas apparaître en première ligne après la rebuffade qu'il venait de subir. Il aura fallu attendre minuit pour apprendre que Gérard Collomb est libéré de ses fonctions et qu'Edouard Philippe assurera l'intérim de ce ministère crucial, en attendant la nomination d'un nouveau ministre.

Les noms de Gérald Darmanin, Christophe Castaner, Jean-Yves Le Drian, Benjamin Griveaux, sont cités, tout comme celui de Frédéric Péchenard, vice-président de la région Ile de France et ancien directeur de la Police Nationale sous Nicolas Sarkozy.  Dans un commentaire qui ressemblait à un avertissement, Eric Ciotti sur RT a lancé à propos de Frédéric Péchenard :

"Je crois qu'il n'ira pas se perdre dans cette maison qui est en train de s'écrouler."

Les scènes de ménages dépassent maintenant le gouvernement les 310 députés de LREM. Le départ de Richard Ferrand pour la Présidence de l'Assemblée amène au changement de toute l'équipe qui sera renouvelée autour de Gilles Le Gendre, avec également de nouveaux vice-présidents et porte-paroles. Les élections internes ont été reportées d'une semaine en raison de l'affluence de candidatures. L'élection étriquée de Richard Ferrand, et les quatre voix manquantes aux candidats de LREM pour accéder aux postes de premier et deuxième vice-président de l'Assemblée, sont révélateurs des tensions qui règnent dans la Macronie. 

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