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En France, l’atteinte aux libertés publiques est devenue une habitude

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Après la loi "anti-casseurs", permettant d’interdire individuellement à des citoyens de circuler librement et d’user de leur droit de manifestation, et la loi "anti-fake news", destinée à empêcher toute véhémence ou contradiction de fond en attaquant les informations qui ne conviennent pas au pouvoir en place, c'est maintenant la loi "contre la haine sur internet" qui va être votée par les parlementaires. L'atteinte aux libertés se propage dangereusement, avec la complaisance des juges et des médias.

Emmanuel Macron navigue entre deux projets politiques. L'un repose sur la destruction de l'État providence ou social en tant que socle de l’organisation de la société, avec tout ce qui accompagne cet abandon de l’intervention publique comme mode de régulation sociale. L’autre tend au libéralisme mondialisé qui semble être au cœur du choix d’un Président né de l’alliance de l’oligarchie et de la haute fonction publique d'État.

La Démocratie française est une République sans démocratie née de l’incompatibilité existante entre l’aspiration des peuples et des nations à la souveraineté et les formes prises par la mondialisation néolibérale. L'Union européenne, dans son ADN, est une construction et une institution sanctuarisé par des traités qui ont valeur de Constitutions. Dans une telle organisation politique, toute mise en cause des libertés publiques fondamentales devient un élément supplémentaire d’oppression. Des libertés, justement, dont les opposants frustrés par le refus de prise en compte de leurs aspirations veulent se servir.

Faire taire et intimider les opposants

Ce pouvoir a été mis en place grâce à une coopération politique, judiciaire et médiatique qui ne s'est pas privée de prendre de grandes libertés avec les règles habituelles et constitutionnelles, sans que les organes de contrôle y relèvent quoi que ce soit d'anormal. Cette complaisance, étonnement servie par des médias charmés et intéressés, est la marque de ce qui s'apparente à un système autoritaire lorsqu'il s'agit d'un pays étranger. Peu à peu la mise en place du pouvoir Macronien a commencé son entreprise d'érosion des libertés publiques.

Avec la bienveillance ou la défaillance des institutions censées maintenir l'équité et le respect de l’équilibre des pouvoirs et de garantir les libertés fondamentales, les convergences idéologiques, sociologiques et politiques ont prédominé dans cette France élitiste à laquelle tous les protagonistes appartiennent. La mise en cause de la liberté d’expression sert à faire taire et intimider les opposants et promeut des textes répressifs et inconstitutionnels votés par une majorité de parlementaires aux ordres. Pour calmer, voire censurer les réseaux sociaux, dès lors qu’ils émettent ou relaient des informations qui ne conviennent pas au pouvoir en place, le Parlement applaudit à la loi "anti-fake news" destinée à empêcher toute véhémence ou contradiction de fond. Le texte de cette loi révèle le coté absurde qui conduit le juge des référés à devenir le dépositaire de la vérité et n'a comme objectif l'imposition de la seule vérité autorisée, celle de d’État, en l’occurrence celle d'Emmanuel Macron.

Macron considère que le temps n’est plus aux manifestations

Les juges constitutionnels, dont la vocation et la jurisprudence protégeaient jusqu'à présent la liberté d’expression, n’ont vu aucun inconvénient à la promulgation du nouveau texte "contre la haine", laissant stupéfiés la plupart des juristes de France. La loi Avia, consacrée à lutter contre la haine sur internet, très contraignantes pour les plateformes en ligne, prévoit la création d'un "observatoire de la haine en ligne" et va mettre en place un nouveau parquet spécialisé compétent pour les faits de "raids numériques ou de cyber-harcèlements discriminatoires". Les sages ne manqueront de valider cette loi en chantant la Marseillaise. Le mouvement des Gilets jaunes a pu apprécier de près la répression judiciaire lorsqu'elle se déchaîne pour condamner à de la prison ferme pour de simples partages de pages Facebook, ou pour des slogans lancés dans des manifestations.

Emmanuel Macron considère que le temps n’est plus aux manifestations. Même la loi anticasseurs, qui a suscité une certaine réticence populaire lors du vote parlementaire qui s'est tenu en pleine crise des Gilets jaunes, est déjà une histoire ancienne. Elle reste cependant toujours prête à être ressortie par un pouvoir qui risque de se durcir au fur et à mesure que les élections présidentielles se rapprocheront. Pour rappel, le texte de cette loi donne aux préfets des pouvoirs étendus d’interdire individuellement à des citoyens de circuler librement et d’user de leur droit de manifestation. Constitutionnellement la privation de l’exercice d’un tel droit fondamental ne peut être prononcée que par un juge, ce qui explique la jolie pirouette de communication pour amener le Conseil constitutionnel à valider cette hétérodoxie. L’entourloupe a permis à la Cour suprême de valider le principe liberticide de l’interdiction préalable par le préfet, c’est-à-dire l’exécutif. Et bien sûr, à plusieurs reprises, des attroupements de trois personnes dans la rue ont été considérés comme autant de manifestations non déclarées, entraînant gardes à vue, déferrement au parquet, comparutions immédiates, et lourdes condamnations par une justice complaisante.

L’Assemblée nationale s'est félicitée de ses bilans de répression

Emmanuel Macron ayant décidé clairement de refuser toute solution politique à cette crise, s’en est remis à la répression violente avec le concours de l’appui inconditionnel des forces de l’ordre et de la complaisance de l’appareil judiciaire. Un nombre incalculable de vidéos montre certains policiers user de brutalité, de violences et de comportements révoltants. Heureusement une majorité des forces de l'ordre ont tout fait pour conserver une attitude responsable. Mais certaines institutions internationales et la presse étrangère se sont montrées sévères contre le pouvoir français en faisant part de sa stupéfaction et parfois de sa colère. La politisation des parquets et notamment celui de Paris, qui ont mis en œuvre des directives explicites données par Édouard Philippe et Nicole Belloubet, a engendré une vraie inquiétude au sein du corps judiciaire.

L'Assemblée nationale s'est félicitée de ses bilans de répression, des gardes à vue pourtant souvent illégales, des séquestrations arbitraires, des comparutions immédiates systématiques et souvent irrégulières et des réquisitions ubuesques qui ont marqué cette période indigne de la France. Dans une large mesure les juges du siège ont assumé la brutalité de leurs décisions oubliant que leur mission est de rendre la justice. Evidemment, à l'inverse, la mansuétude judiciaire dont a bénéficié l'entourage d’Emmanuel Macron est grossière. Alexandre Benalla et ses compères peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

Le chef d'Etat n'a pas digéré certains samedis où le mouvement des Gilets jaunes a réellement franchi la ligne blanche. Pour autant a-t-il vraiment intérêt à laisser les soutiens macronistes passer leur temps dans les médias pour systématiquement soulever l’opposition binaire qui existerait entre le progressisme qu’ils incarnent et la barbarie imputée à leurs opposants souverainistes ? A t-il intérêt à voir la répression s'intensifier ? A t-il intérêt à supprimer les libertés des Français ?

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