Europe : Emmanuel Macron n'est pas le président stratège qu'il croit être

Le Président français vient d’inviter les dirigeants européens à tenir compte des récentes décisions de Donald Trump concernant le désengagement des forces militaires américaines encore présentes au Moyen-Orient. Adepte des prises de position intéressées, Macron a aussi considéré qu’il était grand temps que l’Europe prenne son destin en mains en devenant une puissance politique et militaire.

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La satisfaction de témoigner
et de convaincre.

C'est lors d'un entretien tenu avec le magazine L'économiste, publié le 9 novembre, que le Président français a prononcé des paroles que beaucoup de personnalités européennes considèrent d'une grande franchise. Il a, en effet, affirmé que l'OTAN était dans un état de mort cérébrale. Cependant, certains dirigeants européens, notamment la chancelière allemande, n'ont pas beaucoup apprécié les diatribes de Macron. En réponse à une journaliste qui lui avait demandé son avis sur les propos de Macron, Angela Merkel n'a pas caché un certain agacement en affirmant sans entrave qu'il s'agissait de paroles très excessives.

Cette organisation est dépassée

Tout le monde sait que le Président Français aspire à une Europe ayant sa propre défense pour permettre au continent européen de s'établir parmi les toutes premières puissances mondiales, en faisant valoir sa vision stratégique, tant sur le plan économique que technologique, avec la Russie, la Chine et les Etats-Unis. Pour justifier ses propos, Emmanuel Macron a affirmé que l'OTAN avait beaucoup changé, tout particulièrement depuis l’arrivée de Donald Trump. Pour Macron, il n’existe plus de coordination dans les décisions stratégiques des États-Unis avec ses alliés. Il sous-entendait bien sûr que l'attaque de la Turquie, membre de l'OTAN, qui a pris l'initiative d'agir au Moyen-Orient sans coordination et sans se soucier des intérêts des autres membres de L’OTAN, était la preuve que cette organisation est dépassée.

Il est vrai que pour tous les membres de l’OTAN la nouvelle politique des États-Unis au Moyen-Orient a profondément modifié la donne. D’après Macron, qui a souligné le sacrifice des Kurdes dans le nord de la Syrie, le Président américain n'assume pas ses responsabilités. Les américains, une fois de plus, quittent un territoire qu'ils ont eux-mêmes mis à feu et à sang, de manières précipitées et inefficaces.

La transformation de la politique étrangère des États-Unis remonte à la présidence d’Obama. C'est au tour du Président américain actuel d'enfoncer le clou à chaque occasion propice en rappelant qu’il est le président du Pacifique dont le regard est dirigé vers la Chine et non le Moyen-Orient. Trump voit le monde à travers un prisme déformant qui ne reflète que le marché et l’argent selon une logique commerciale. Selon lui, les États-Unis assurent une forme de parapluie géopolitique, mais en contrepartie, ils doivent posséder une exclusivité commerciale, une raison pour acheter américain.

La logique européenne n’a rien à voir avec les petits calculs de Macron

A l'inverse, Emmanuel Macron croit que la solution réside dans la souveraineté européenne, oubliant depuis longtemps la souveraineté française. Pour lui, l'avenir repose sur le développement d'une Europe de la défense, pour laquelle la France apporterait l'unique puissance nucléaire. Ce projet resta pour l'instant un vœux pieu même si aujourd'hui de plus en plus de membres de l'UE commencent à le souhaiter.

Pour Macron, la force stratégique de l'Europe passe par la sécurité dans le domaine de la technologie, dont un des handicaps est la dépendance aux apports de Huawei, et par les contraintes des normes budgétaires de l'UE qui ne croissent pas suffisamment pour répondre aux besoins de l’Union. Lors de son entretien à L’économiste, Emmanuel Macron a précisé sa pensée concernant le devenir de l'UE, en signifiant sa volonté de voir Bruxelles prendre le pas de façon définitive sur la nation française :

"L'Europe doit donc réapprendre la grammaire de la souveraineté. Nous devons changer nos schémas économiques. Quand je vois nos niveaux d'investissement dans l'intelligence artificielle, comparés à ceux de la Chine ou des États-Unis, on ne joue pas dans la même division."

Cependant la logique européenne n’a rien à voir avec les petits calculs intéressés et politiciens de Macron. Pendant ce temps, à Bruxelles et Strasbourg, des majorités se constituent entre les conservateurs, les sociaux-démocrates, les centristes et les partis écologistes, au gré des textes et de l’intérêt général du vieux continent. Ces pratiques politiques répondent à la volonté de rassemblement que le chef de l’Etat français ne partage pas. Comme Bonaparte au pont d’Arcole avançant sous la mitraille, il se met en danger en voulant imposer la confrontation directe, en tête à tête, entre lui et le reste de l’Europe. Le risque n’est pas mineur pour ce jeune et impétueux Président aux choix politiques changeants, intempestifs et souvent précipités.

Cependant il apparaît clairement qu'une nouvelle politique étrangère est donc nécessaire pour l’UE, afin d'éviter d'être écrasée par les Etats-Unis, la Chine et même l'Inde et la Russie. Sur ce sujet Macron ajoute :

"Nous ajoutons à ce processus le retour des puissances autoritaires, proches de l'Europe, qui nous rendent également fragiles, d'une manière très profonde. Cette ré-émergence de puissances autoritaires, essentiellement turques et russes, qui sont les deux acteurs majeurs de notre politique de voisinage, associées aux conséquences du Printemps arabe créent une forme d'ébullition. Tout cela conduit à une extraordinaire fragilité de l'Europe qui, si on ne pense pas au pouvoir dans ce monde, va disparaître."

Les ambitions de la France, sous la direction de son Président, sont évidentes. Il s’agit pour lui de combler les lacunes créées par l'évolution géopolitique au nom de l'ensemble de l'Europe. En appelant à la souveraineté et en défiant les souverains du continent, Macron croit que l’Union pourra obtenir les résultats souhaités. Il est persuadé d'être, malgré ses erreurs et ses gaffes, un des rares leaders européens conscients des défis stratégiques du continent. La vision qui anime les Allemands, les Italiens, les Espagnols et les Britanniques (bientôt hors de l’UE) n’est effectivement pas celle du Président français.

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