Retraites : Emmanuel Macron prend le risque de tout perdre

La réforme des retraites ne laissent personne indifférent. Emmanuel Macron a fait les premières foulées sur une route qui risque de le conduire vers un suicide politique, mais en allant jusqu'au bout de sa mission néolibérale, il pourrait conserver la confiance de ses créateurs pour son courage.

La France vit une nouvelle période de contestations sociales qui paralysent tout particulièrement la région parisienne et privent de trains et de métros des centaines de milliers d’habitants.

D'illustres précédents ont fait la réputation des ouvriers français et leurs victoires sociales sont connues partout. Les conquêtes des années précédents la Seconde guerre mondiale (1934-1936) sont historiques. Elles ont conduit au "Front populaire" et à des conquêtes sociales données en exemple dans l’ensemble du monde occidental. Bien d’autres mouvements contestataires ont suivi et ils ont fini par ancrer le caractère revendicatif des salariés français.

Macron a décidé de s’en prendre au cœur de l'État social français

Lors des grèves de 1995, après trois semaines de protestations, la première tentative de réforme importante du système de retraire menée par Alain Juppé, Premier ministre de l’époque, a été retoquée à la suite d’une immense manifestation nationale qui a mis près de 3 millions de Français dans la rue. C’est d’ailleurs le souvenir de cet illustre exemple qui est la cause de l’inquiétude du présent gouvernement car il est révélateur de l’efficacité des luttes ouvrières quand leur combat est fondé sur un vrai consensus populaire.

En 2006, les mobilisations contre le contrat du premier emploi (CPE) ont été, avant celui des Gilets jaunes, la dernière expérience de recul d'un projet gouvernemental, en l’occurrence celui de Dominique De Villepin, sous la Présidence de Jacques Chirac.

Avec le soutien sans entrave de l'Union européenne, Emmanuel Macron veut imposer aux Français un système qui se base sur une accumulation de points sans possibilité de connaitre le montant de la pension espérée. Ce système marque de façon indiscutable la fin inéluctable du régime par répartition, et signe l’arrivée en fanfare des régimes de retraite par capitalisation. Les plus grands perdants seront les femmes qui ont eu accès au congé de maternité et tous ceux qui ont connu des conditions intermittentes durant leur vie professionnelle.

Macron, persuadé de réussir là où ses prédécesseurs ont échoué

Emmanuelle Macron a décidé de s’en prendre au cœur de l'État social français. Il n’avait jusqu'à présent qu’aborder les conditions d’assistance aux chômeurs en recherche d’emploi. Aujourd'hui, Macron a entamé l’ascension de l’Everest, persuadé de réussir là où tous ses prédécesseurs ont presque complètement échoué ou connu de petites avancées. Il veut être le porte drapeau de l’idéologie mondialiste et suivre le programme néolibéral complet que les élites lui ont donné pour mission.

L'exécutif actuel s'appuie sur un mouvement politique crée par Macron, Les Républicains en Marche (LREM), surnommé aussi en Marche. Ce parti n'a pas réussi à développer une base solide mais se révèle avant tout une machine de marketing électoral. Une partie du personnel politique du LREM craint les possibles conséquences catastrophiques des élections municipales de l’année prochaine (mai 2020) dans toute la France.

Il reste les ressources fournies par l'Establishment politique, dont Macron a déjà fait un usage abondant cette année pour conditionner les opinions publiées. Si la grève ne s'enracine pas vraiment, l'exécutif procédera, dès le début de l'année prochaine, à une reformulation de la réforme et à sa mise en œuvre selon un calendrier précis. Ce qui signera alors la mort définitive du mouvement ouvrier en France, après une vie bien remplie d’environ 80 ans, et le renouveau du Président Macron.

A l'inverse, si la lutte se prolonge et que la mobilisation sociale se renforce encore et s’élargit, l’ouverture vers un processus de lutte de classe risquerait d’apparaître en Europe, ce qui obligerait les élites à revoir leur copie pour éviter la déflagration dont les odeurs se sentent déjà dans le ciel du Vieux Continent. Si la grève s'inscrit dans la durée, réveille le mouvement des Gilets jaunes et stimule les mobilisations de toutes sortes, une voie nouvelle s'ouvre alors. Et tout le monde aura son rôle à jouer.

La situation politique actuelle laisse transparaître les nuages qui s’amoncellent à l’arrivée de la crise du néolibéralisme de l'Union européenne, indifférente aux conditions de vie des classes populaires des pays membres de l’UE.

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