Islam politique : la perception occidentale de Macron est biaisée

Ces derniers jours, à plusieurs reprises, le Président français a pointé du doigt ce qu’il appelle "l’islam politique", qui voudrait faire sécession avec la République. Se cacher derrière son petit doigt pour ne pas désigner le véritable problème - qui résume à lui seul les difficultés qui risquent de gangréner les vingt prochaines années de la société française - est révélateur du manque de courage et d’autorité de nos dirigeants.

En général, la perception dominante de l’Occident, et plus spécifiquement de la France, envers les islamistes ne permet pas de cerner l’existence des différents islamismes qui, selon leur terrain social ou leurs modes d’action, peuvent varier considérablement. Dans sa grande majorité la classe politique, et son porte voix la classe médiatique, continuent de prévaloir une vision monolithique de cette religion, qui est pourtant fondamentalement une idéologie politique, et choisit un discours soit traditionaliste, qui a priori se veut intemporel et imperméable à l’histoire, soit plus sensationnel, à l’attention des auditoires les plus insatisfaits, illettrés ou radicalisés. Ainsi les paroles sur la nature globale de l’islamisme sont largement déformées.

Les différentes manières dont le politique s’approprie le religieux dépendent bien moins de l’origine dogmatique des acteurs que de la réalité sociologique qui les caractérise. Les islamistes se retrouvent en majorité dans des tendances réformistes qui se situent dans l’énorme espace du centre, la plupart de temps occulté, entre les traditionalistes et les groupes violents.

Ceci explique l’interprétation des troubles politiques sur la rive sud de la Méditerranée qui est en grande partie influencée par les représentations négatives, fortement en vigueur, de l’Islam. Ainsi les représentations de l’Islam se nourrissent, pour l’essentiel, de la longue accumulation de malentendus historiques, où l’Islam, en contact permanent avec l’Europe pour des raisons géographiques, humaines et commerciales, a joué le rôle de repoussoir culturel.

C’est à cause de cet imaginaire dominant que les islamistes réformistes ont tant de mal à communiquer avec l’Occident et à faire comprendre qu’ils ne sont pas les mouvements violents et radicaux largement décrit. Ce manque de communication vient également de l’absence de passerelles intellectuelles communes, comme cela avait été le cas avec les mouvements tiers-mondistes ou nationalistes qui avaient des liens idéologiques avec la gauche européenne.

En Europe la laïcité s’est affirmée comme une valeur de modernité

Le problème vient également en grande partie de la tendance de l’Occident à "occidentaliser" l’histoire universelle. Il n’y a pas eu dans l’expérience historique et sociologique du monde arabe de conflit radical entre la Raison et la Foi, qui a caractérisé la construction moderne de l’Europe. Or, si celle-ci s’est développée sur la base d’une conception linéaire de la modernité, où la perte de vitesse du référent religieux est allée de pair avec les progrès de la modernité, cela n’a pas été le cas dans le monde musulman.

Dans les pays musulmans, et en particulier arabes, la laïcité n’a jamais été que le fruit du volontarisme autoritaire des leaders nationalistes, de la période post-coloniale alors qu’en Europe la laïcité s’est affirmée comme une valeur de modernité et de démocratie. Dans la mesure où la laïcité, dans les pays musulmans, a été le plus souvent favorisée par des élites dirigeantes autoritaires, assises sur le patrimoine du pays, il existe, contrairement à l’Europe, un conflit potentiel d’intérêt entre démocratie et laïcité. En outre, comme la laïcité a souvent été imposée par opposition à l’héritage islamique, il existe également un conflit potentiel d’intérêt entre laïcité et identité culturelle.

À quoi peuvent bien servir alors ces versions déterministes qui font de l’islam un obstacle à la démocratie, alors que ce sont justement les gouvernements et les élites s’autoproclamant "modernes" et "laïques" qui entravent le développement de la démocratie dans les sociétés musulmanes ?

Il n'y a pas de dialogue sans acceptation théorique

En dépit de ce qui a été prétendu par des sources partiales et asservies, inquiètes et désireuses d’apaisement à tout prix, les piliers créateurs du système ont été basés sur l'exaltation de la violence, la justification des inégalités entre les Hommes et la généralisation de la polygamie. Ces principes institués en règle dogmatiques qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours, ont assuré, dès les premiers instants, le succès fulgurant du système. Sous l’égide de Mahomet, de ses disciples, puis de ses successeurs, elles ont favorisé les pulsions machistes les plus basses et les défoulements violents les plus abominables.

Devant la méfiance de certains chef de tribu et afin de dissiper les discours, mensonges, manipulations et emphases qu'ils savaient dangereux, ils n'hésitaient pas à promouvoir la fourberie et la lâcheté, pour amadouer leur auditoire, dans le but de combler le fossé tragique établi entre ceux qui savaient et ceux qui ignoraient ou croyaient savoir. La situation est toujours la même aujourd'hui.

Ces prochaines années seront-elles vraiment l'occasion de construire les bases d'un dialogue serein et sincère ? Qui peut encore y croire ? Le dialogue est un exercice très exigeant, qui demande beaucoup d'abnégation, de respect, de franchise, d'ouverture d'esprit de la part de ceux qui s'y prêtent, et qui selon la tradition hellénique constitue l’activité humaine la plus prestigieuse.

La France a peur et se réfugie dans l’ignorance et l’incompréhension

Mais il n'y a pas de dialogue sans acceptation théorique, voir reconnaissance de son interlocuteur et de ses arguments contradictoires. Dans le cas présent, il est évident que les conditions du dialogue ne sont pas réunies. Le dialogue ne peut s'exempter ni de la sincérité ni de la clairvoyance, sans quoi il n'est plus que bavardage, prétexte à l'intimidation et préalable à la soumission. Il devient alors un exercice dévoyé, asservi, perverti. Nombreux sont ceux qui ont intérêt à en faire une sorte de vaste conversation de salon superficielle, futile et finalement illusoire, autour d’un verre de thé à la menthe.

La France a peur et se réfugie dans l’ignorance et l’incompréhension, comptant sur son recours à sa maîtrise de la technique et de l’économie. Le monde musulman se fige dans l’ignorance de soi et de l’autre, certain de la perfection de sa doctrine. Rien n’est sain dans ce rapport de force d’une infernale complexité. Une parodie de dialogue ne fait que retarder des confrontations rendues plus brutales encore. L’hypocrisie élevée ne fait que vicier les rapports entre les cultures. Pour contrer ces schémas néfastes, il serait bon de faire le pari du courage, de la franchise et de la critique argumentée, du refus de la violence comme instrument d’intimidation et de la part des musulmans, le pari de la rupture et du progrès.

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