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L'Algérie en hibernation pour combien de temps ?

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{Play}Après plusieurs semaines de mobilisation des Algériens, qui ont investi massivement les rues du pays pour exprimer leur rejet d’un cinquième mandat pour le président Abdelaziz Bouteflika, l’annonce du retrait de sa candidature pose des questions multiples.

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L'Algérie s'est endormie depuis quarante ans sous ses lauriers à fleurs, oubliant que sa démographie pousserait un jour le pays à se réveiller brutalement pour demander des comptes à des dirigeants qui n'ont jamais cessé de s’enrichir sans réserve. Pratiquement aucune réforme n'a été faite pour permettre l'arrivée d'une vraie transition démocratique. Abdelaziz Bouteflika à annoncé son désir d'un cinquième mandat de Président. De nombreuses manifestations ont aussitôt été déclenchée dans toutes les villes d'Algérie pour s'opposer à cette candidature. La jeunesse algérienne qui représente une partie considérable de la population veut avoir un avenir sous le signe des droits et des libertés. Mais aujourd'hui encore, le peuple algérien continue de subir les conséquences d’un système policier répressif.

Il est difficile de savoir quelle sera l’issue de ce bras de fer entre la rue et les dirigeants

Les contraintes législatifs et le poids considérable de l'armée dans le processus d'administration de l'Algérie laissent peu d'espoir pour présager les changements pourtant indispensables pour que l'Etat entre de plein pieds dans la modernité.

Les mesures d’ordre politique ne laissent aucun doute sur leurs caractères fallacieux. Le report de la date des élections présidentielles ne s’accompagne d’aucune nouvelle date et ne repose sur aucun texte constitutionnel existant. L’annonce par Bouteflika de la création d’une "conférence nationale inclusive et indépendante en charge de préparer des réformes et d’instaurer un nouveau système de transformation de l’État-nation" est lancé en l'air comme un ballon météo et n'est suivie d'aucun agenda. Cette conférence, qui ne sera certainement pas mise réellement en place, doit se tenir sous la bienveillance d’une "instance présidentielle".

Des personnalités de la société civile ou de partis politiques ont dénoncé ces basses manœuvres préparées par l'oligarchie au pouvoir et destinées à jouer la montre. De nombreuses marches de contestations se sont déroulées aussitôt dans plusieurs villes d’Algérie afin d'afficher le profond désaccord du peuple devant de tels manigances et les slogans demandent maintenant un vrai changement de régime.

L’Algérie a également vécu des promesses de réformes qui n’ont jamais abouti

Il est difficile de savoir quelle sera l’issue de ce bras de fer entre la rue et les dirigeants. Mais il est d’ores et déjà clair, au vu des slogans brandis par de nombreux manifestants, que ces derniers aspirent à la fin d’un système qui les a étouffé pendant des décennies et au respect de leurs droits de citoyens par les dirigeants au pouvoir.

Beaucoup d’analystes semblent persuadés que Bouteflika est totalement incapable de diriger le pays, depuis son attaque cérébrale en 2013. Il est fort probable que ses jours sont comptés tant sa santé décline depuis quelques semaines. Aussi il est nécessaire que les cadres du pays prennent conscience du risque pris à ne pas entendre les aspirations de la rue et de les traduire en un programme politique ambitieux. Des réformes de fond doivent être entreprises pour établir le socle d’un nouveau système de gouvernance démocratique.

Un nouveau gouvernement dans les jours à venir

Il devra s'agir de bâtir un nouveau système de gouvernance comprenant le respect des droits humains. L’Algérie a déjà connu une forme de libéralisation du domaine politique, à la suite de mouvements populaires tels que la révolte de 1988, mais l’interruption du processus électoral en 1991 et la guerre civile qui s’en est suivie ont mis un terme à ces efforts de réforme. En 2011, dans le sillage du printemps arabe, l’Algérie a également vécu des promesses de réformes qui n’ont jamais abouti.

Le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra a déclaré que le gouvernement algérien était "prêt à dialoguer avec les manifestants, estimant que "les manifestations sont devenues de plus en plus nombreuses et aucune solution ne sera trouvée si ce n'est par le dialogue" et ajoutant que "le gouvernement algérien est prêt au dialogue et est prêt à accueillir les représentants de l'opposition et de la société civile dans le nouveau gouvernement en formation".

Un peuple jeune et prêt à relever tous les défis de son siècle

Noureddine, le Premier ministre algérien, essaie de former un gouvernement de candidats en gardant de garder ses distances avec le Bouteflika. Il a promis de former un nouveau gouvernement dans les jours à venir pour répondre aux besoins de l'Algérie en faisant la démonstration de la jeunesse.

Dans un pays à forte majorité musulmane, l’Église protestante, en vogue en Algérie, a publié une déclaration en faveur de la manifestation. Cette Église, dont le nombre de membres est inconnu, a déclaré qu'elle "partage pleinement les aspirations et les revendications légitimes du peuple algérien".

L'union algérienne des imams et le Haut Conseil islamique, un organe consultatif, ont exprimé leur soutien aux manifestants qui exigent la démission de Bouteflika, malade et incapable de perdurer son pouvoir en place depuis 20 ans. Pour l'instant, Bouteflika a simplement différé les élections présidentielles. Des voix innombrables se font entendre pour que la manœuvre du fin de mandat reportée aux calendes grecques, c'est-à-dire à une date qui n'existe pas, cesse immédiatement.

Il est impératif que l'agenda, concernant l'élection présidentielle puis les réformes nécessaires au renouveau de l'Algérie, soit établi à bref délai. Le pays doit se débarrasser de ses lois d’un autre âge, et se mette au diapason des demandes démocratiques exprimées spontanément, depuis le début des manifestations, par un peuple jeune et prêt à relever tous les défis de son siècle.

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