L'antisémitisme se répand en Allemagne

Environ 200 000 Juifs résident en Allemagne, où la vieille haine antisémite semble toujours présente dans les rangs des partisans de l'extrême droite allemande et chez certains immigrants nouvellement arrivés du Moyen-Orient.

Certains juifs, pratiquant ou non, vivant en Allemagne estiment que le climat devient de plus en plus nauséabond dans leur pays et se rendent compte, avec inquiétude, qu'un rebond lent mais continu vers une nouvelle forme d'antisémitisme peut s'observer depuis une dizaine d'années. Des juifs, qui ont subi des crachats ou des insultes, craignent de laisser leurs enfants aller à l'école.

De nombreux experts sur le sujet ont montré que quelque chose change qualitativement en Allemagne. Plusieurs événements dont certains graves ont eu lieu ces derniers mois en Allemagne. En avril 2018, Adam S., un juif de 21 ans, a été agressé alors qu'il marchait dans une rue au centre de Berlin par un jeune Syrien de 19 ans, à coup de ceinture. L'agresseur a été condamné par un juge des mineurs pour crime de haine. Le réquisitoire décrit comment l'assaillant s’est approché d'Adam S. et comment il lui a enlevé la kippa, en criant "Yahudi, Yahudi !", c'est-à-dire "Juif, Juif" en langue arabe. Le jeune assaillant a ensuite pris sa ceinture pour se mettre à fouetter sa victime. Adam S. a eu le réflexe de sortir son téléphone portable et a pu enregistrer son agresseur, ce qui a permis d’arrêter le jeune Syrien. Sur les réseaux sociaux, les Allemands ont largement montré leur indignation.

Ce cas pourrait être anecdotique car isolé et unique, mais malheureusement il n'est pas le seul, loin s'en faut, à avoir fait les gros titres et déclenché d'innombrables débats dans les médias et de nombreuses discussions dans la société et à l’intérieur des partis politiques.

Un autre cas révélateur s'est déroulé en août 2018. Une douzaine de personnes, cataloguée comme étant des néo-nazis, s'en est pris à un restaurant casher à Chemnitz, une ville de 245 000 habitants située dans l'Ouest de la Saxe en Allemagne. La bande d'individus a commencé par lancer des insultes injurieuses et racistes en direction du personnel et des clients, puis, après avoir jeté des pierres, des bouteilles et d’autres objets sur l’établissement, les agresseurs ont exhorté les personnes attablées à quitter l'Allemagne.

La police allemande est contrainte de surveiller en permanence toutes les synagogues

Selon les informations fournies par le Bureau fédéral des enquêtes criminelles (BKA), durant l'année 2017, 1504 délits antisémites ont été dénombres en Allemagne. Toutes les agressions physiques et verbales ne sont pas toujours signalées à la police. D'après une enquête réalisée en 2018 par l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA), 41% des Juifs allemands déclarent avoir vécu dans l'année une agression, plus ou moins grave. Sur les 5 dernières années, le pourcentage passe à 52%. Il est certain que le nombre réel d’incidents, certains ayant un caractère aux conséquences graves, doit être beaucoup plus important que les chiffres officiels.

Il est tout de même attristant de constater que 74 ans après la libération d'Auschwitz, la police allemande est contrainte de surveiller en permanence toutes les synagogues. Les trois quarts des Juifs vivant en Allemagne ne veulent pas s'identifier publiquement en tant que Juifs avec des signes distinctifs tels que la kippa. Près de 50% évitent certaines zones de leurs villes. En France aussi ce problème existe avec les mêmes conséquences. Des quartiers entiers, autrefois habités par de nombreuses familles juives, ont été désertés par la communauté par crainte des menaces et attaques répétées qu'elles subissaient.

En Allemagne, l'antisémitisme provient fondamentalement de deux sources. La premier est exprimé par les mouvements d'extrême droite qui ont toujours eu les Juifs comme ennemis. La seconde est issu des vagues d'immigrations musulmanes en provenance du Moyen-Orient arrivées dans les territoires germaniques ces dernières années, principalement lors de la crise des réfugiés de 2015 et 2016, lorsque l'Allemagne de Merkel a ouvert ses frontières pour recevoir une avalanche de demandeurs d'asile. Plus d'un million de personnes, principalement de nationalité syrienne, irakienne et afghane ont alors déferlé dans les villes allemandes.

La frustration finit par évoluer dans un sens fasciste

Le vieil antisémitisme de l'extrême droite qui désigne la communauté juive comme étant "la race juive" semble renaître en se montrant de plus en plus visible. Les masques tombent ces dernières années sous couvert de la crise des immigrés. L'extrême droite utilise pleinement les réseaux sociaux. Les grands sites comme Twitter, Facebook, Youtube et bien d'autres, commencent à mettre en place des surveillances pour éradiquer cette montée antisémite.

Pegida, un mouvement dit des Patriotes européens, s'est uni contre l'islamisation de l'Occident. Cette situation s'est cristallisé dans le parti Alternative for Germany (AfD). Cette formation apparue en 2014 qui se déclare eurosceptique et libérale a été radicalisé par l'extrême droite, au point d'alarmer les services secrets allemands. Par ailleurs, avec 12,6% des suffrages obtenus aux élections de 2017, l'AfD est devenu le premier parti d'opposition. Depuis, il reste très fort dans les sondages.

Comme dans les années 1920 et 1930, les inégalités sociales croissantes ont généré un mécontentement généralisé dont seule la droite politique peut tirer parti. La frustration finit par évoluer dans un sens fasciste. L'antisémitisme s'en trouve renforcé. La question de l'antisémitisme des migrants bouscule l'opinion publique. Beaucoup d'immigrés débarquent avec leur perception négative des Juifs (liée au conflit entre Israël et la Palestine), même s'il reste difficile d'en mesurer l'importance.

Selon les autorités allemandes, la grande majorité des crimes antisémites - agressions physiques, distributions de propagande xénophobes, graffitis dans les centres juifs - sont dus à l’extrême droite : 94% des crimes en 2017, contre seulement 5% des crimes commis par des musulmans. Lors la dernière commémoration de la libération du camp d'extermination nazi d'Auschwitz, Angela Merkel a rappelé que "l'antisémitisme fait toujours partie de la société allemande" et souhaite "une tolérance zéro contre ce fléau".

Le problème est devenu européen

Des dessins et des écrits injurieux et antisémites sur les devantures de magasins se multiplient, un peu partout. Le problème est devenu européen. Ces dernières années, 38% des Juifs d'Europe ont envisagé la possibilité d'émigrer. Pour l'Allemagne, ce pourcentage atteint 44%. Ces chiffres montrent bien qu'il est urgent de se préoccuper des problèmes liés aux différentes religions pratiquées en Europe. Les dégradations dans les églises ne semblent pas concerner l'Allemagne, pour l'instant, mais en France elles deviennent coutumières.

Devenez auteur, devenez weborateur !
Connectez-vous et proposez vos articles à la rédaction. Ils pourront être publiés dans le Journal.

Commentaires (0)

Proposer un article
Aucun commentaire publié pour l'instant. Soyez le premier !