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Libye : les conséquences de la guerre civile de 2011

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Le début de la troisième guerre civile en moins de dix ans semble être proche et la responsabilité incombe aux Libyens et à la communauté internationale.

Ces derniers jours, l'armée fidèle au maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle une grande partie de l'est et du sud de la Libye, a attaqué la capitale Tripoli, siège du gouvernement de renommée internationale et dirigée par le Premier ministre Fayez al Serraj. Les combats se poursuivent et les milices fidèles à Serraj ont agi rapidement pour arrêter l'avance de l'ennemi. Maintenant, les deux camps semblent être de forces égales et il est à craindre une longue guerre de position qui épuise une population déjà fatiguée par des années de violence et d'affrontements.

La dernière attaque de Haftar contre Serraj à Tripoli a aggravé une crise déjà profonde que personne n'a encore été en mesure de résoudre. La situation actuelle est le résultat d'une suite ininterrompue d’événements et de divisions internes sur le territoire libyen. La présence de centaines de milices armées et rivales, les ambitions personnelles démesurées - à la Mouammar Kadhafi - de certains dirigeants politiques, mais aussi l'obstination de la communauté internationale à soutenir des solutions considérées comme illégitimes par les Libyens - et inefficace aux yeux de tous - et enfin l'ingérence étrangère, ont fini par exacerber la violence.

La crise en Libye a toujours été liée aux conséquences de la guerre civile de 2011, qui a conduit à la mort de l'ancien président Mouammar Kadhafi. Plusieurs gouvernements étrangers, dont la France et les États-Unis, sont intervenus militairement dans le conflit pour soutenir les milices rebelles, après que les troupes du régime ont commencé à tuer des civils.

Le chaos était inéluctable et perdure aujourd'hui

Les problèmes sont apparus lorsque la Libye s'est retrouvée seule à devoir gérer des centaines de milices armées et rivales, sans gouvernance ni corps intermédiaires. Sous le régime de Kadhafi, il n'y avait pas de partis ni de syndicats. Sans structure constitutionnelle, sans gouvernement capable de contrôler l'ensemble du territoire, et sans volonté d'une grande partie de la communauté internationale à favoriser un processus de transition vers la démocratie, le chaos était inéluctable et perdure aujourd'hui.

En 2014, trois ans plus tard, les fragiles tentatives de démocratie menées jusque-là ont échoué. En Libye, les deuxièmes élections ont eu lieu depuis l'intervention armée de 2011, également appuyées par la communauté internationale, mais lorsque les affrontements entre milices armées à Tripoli ont commencé, les troupes américaines se sont retirées et les élus se sont réunis à la Chambre des représentants, avec le nouveau gouvernement, et se sont déplacés vers l’est, dans la ville de Tobrouk.

Entre-temps, les milices islamistes et d’autres de Misrata ont formé leur propre gouvernement, qui a été mis au défi par Khalifa Haftar, un ancien partisan de Kadhafi rentré en Libye avec la promesse de libérer le pays après avoir passé de nombreuses années aux États-Unis. Des pays sous l’emprise de forces islamistes, des groupes terroristes comme Al-Qaïda, l'État islamique et les Frères musulmans, mouvement politique religieux historique présent dans plusieurs pays arabes, ont contribué à pourrir la situation. La communauté internationale a d'abord soutenu la Chambre des représentants, qui est le pôle politique dont Haftar deviendra plus tard le leader incontesté, dans le but d'éviter la propagation de groupes terroristes dans le pays. Mais le soutien au gouvernement ne dura que pendant une faible période.

La Libye semble aujourd'hui ingouvernable

Sous l'égide de l'ONU, la Chambre des représentants aurait dû reconnaître le gouvernement Serraj et en devenir le bras législatif. Mais cela ne fut pas fait. Il existait des désaccords sur le rôle de Haftar, qui avait l'ambition de devenir le soi-disant "homme fort de la Libye", un nouveau Kadhafi, celui qui était censé rassembler le pays tout entier sous une seule autorité. Sans la reconnaissance de la Chambre des représentants, le gouvernement du Serraj n'avait aucune légitimité populaire, n'étant pas nommé par un parlement élu, mais seulement "choisi" par la communauté internationale.

L’offensive de ces derniers jours contre Tripoli a donc précipité une situation déjà très complexe en soi. Il est vraisemblable que Haftar ait lancé l’offensive pour conquérir la capitale dans le but de prendre une position de force lors de la conférence nationale organisée par l’ONU et prévue du 14 au 16 avril à Ghadamès, au sud-ouest de la Libye, pour discuter des nouvelles élections et, en général, pour tenter de trouver un accord mettant fin à la guerre civile.

Son initiative militaire est très critiquée et même la France semble ne pas être en accord avec cette menace, car cela pourrait conduire à un nouveau conflit dramatique. Les précédents ont engendré de nombreuses victimes et d'innombrables divisions dans la population libyenne. La Libye semble aujourd'hui ingouvernable et se retrouve dans la même situation que celle qui était la sienne avant Kadhafi.

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