Coronavirus : l'échec institutionnel est flagrant

La plupart des maux de notre temps sont le résultat de l'ignorance généralisé, de risques non calculés, de convictions idéologiques, d'un grand manque d’humilité, de beaucoup d’égoïsme et d'incertitude. Si le Covid-19 est aussi dangereux, c'est parce que les scientifiques qui ont alarmé sur la possibilité d'une pandémie mondiale n'ont pas été entendus par les institutions soucieuses d'économiser des milliards sur le dos des chercheurs.

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Comme pour toute pandémie, les cycles d'indifférence et les cycles de panique se succèdent selon des comportements d'inconscience sereine. La responsabilité revient aux gouvernements et, plus généralement, aux institutions liées de diverses manières aux maux que subissent la planète et toutes ses composantes, humaines, animales, végétales, etc.

La recherche mondiale a été mise à mal pour des raisons d’économie budgétaire

Par exemple, dans le cas présent, il faut se rappeler que la recherche mondiale pour lutter contre les maladies infectieuses a été sérieusement mise à mal depuis quelques années pour des raisons d’économie budgétaire. Depuis lors, comme on le sait, les épidémies et les pandémies n'ont pas manqué et de vrais cris d'alarme provenant de différents domaines scientifiques n’ont pas été entendus.

L'indifférence s'est poursuivie malgré les avertissements lancés il y a moins d’un an par l’organisme indépendant, le Global Preparedness Monitoring Board (GPMB). Cet organisme suit les activités à l'échelle mondiale et tiens tous les acteurs des secteurs privé et public responsables de la construction des éléments essentiels à la préparation et la réponse aux flambées de maladies et autres urgences ayant des conséquences sur la santé. Dans un rapport préparé à la demande du Secrétaire des Nations Unies, au titre de "Un monde en danger", le GPMB soutient la thèse effrayante selon laquelle le risque de pandémie, dû à un agent pathogène mortel se propageant dans l'atmosphère, en mesure de causer la mort de presque 100 millions de personnes dans le monde et de causer des dégâts économiques considérables, est extrêmement probable.

Face à ce risque, le rapport note clairement l’absence totale et persistante de volonté politique à tous les niveaux de pouvoir, institutionnels et gouvernementaux, et ajoute sans embase : "bien que les dirigeants nationaux réagissent aux crises sanitaires lorsque la peur et la panique grandissent, la plupart des pays ne consacre pas l'énergie et les ressources nécessaires pour empêcher les épidémies de se transformer en catastrophes".

Beaucoup d’autres organisations internationales ont partagé les mêmes inquiétudes depuis des années. Par exemple l'OCDE a publié en collaboration avec l'International Futures Program le rapport "Future global shocks - pandemics '' édité par H.Rubin dans lequel il est écrit que les maladies infectieuses sont une menace existentielle pour la sécurité humaine.

La recherche du profit ne permet pas d’avoir une vraie démarche de recherche

La faiblesse des ressources en témoigne, les États font preuve de cynisme et d’indifférence dans une combinaison dévastatrice d'incapacités à estimer le risque, à admettre l'incertitude. La médiocrité de vision stratégique et économique, l’incapacité de prévoir et de prendre en compte le risque des coûts exorbitants des épidémies, souvent 10 à 100 fois plus importants que les montants nécessaires aux besoins des investissements pour la recherche, sont les défauts majeurs des dirigeants.

La méthode adoptée pour prendre des décisions essentielles montre la carence institutionnelle qui émerge au niveau mondial. Le flou de la prise de décision ou l'énonciation vide de principes appropriés et exigeants prévaut. Au niveau européen, le principe de précaution ne suit aucune tentative sérieuse de définir les modalités de mise en œuvre des politiques et de le faire de manière éclairée et transparente.

Au-delà de la question des ressources, il existe d'autres problèmes institutionnels qui affectent de diverses manières l'efficacité de la prévention et de la maîtrise des pandémies. Un domaine extrêmement pertinent concerne la recherche sur les vaccins, le rôle du particulier et les avantages de la coopération. La recherche du profit comme seul moteur de progrès ne permet pas d’avoir une vraie démarche de recherche qui comporte des risques de résultats décevants, surtout, en raison de la difficulté d’obtenir une réponse rapide à la maîtrise d’un virus épidémique. Au-delà du problème financier, il existe aussi une autre difficulté liée au système juridique sur les droits de propriété intellectuelle et donc l'impossibilité d'accéder aux progrès réalisés dans les différentes phases des expérimentations, ce qui limite et ralentit les chances de succès.

Une série de déficiences institutionnelles empêchent les gouvernements de faire ce qui doit être fait, c’est-à-dire de disposer de critères de décision et d'institutions appropriés pour faire face aux risques et aux incertitudes, et de redéfinir les concepts qui guident les politiques et qui semblent inadaptés pour faire face aux défis à venir.  

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