ARTICLE PREMIUM

Débat sur l'homo-parentalité : et l'enfant dans tout ça ?

PREMIUM

Même avec la meilleur volonté du monde, il est difficile de voir en quoi l’amour est concerné par un acte dont l'objectif est d’assouvir un désir, un besoin, une envie, une lubie. Tout le monde sait que l’amour n’a rien à voir avec le fait d’aimer.

De nos jours, l'envie d'enfant dans les couples homosexuels s'exprime ouvertement. Il y a ceux qui revendiquent le droit d'adopter, et, de plus en plus, ceux qui veulent procréer. Des couples d'hommes peuvent envisager de faire appel aux services d'un "transporteur" - c’est le mot employé par certains - à l’occasion de "l’achat" d’un bébé (c'est une procédure qui n'est pas à destination de toutes les bourses). Dans leurs plaidoyers, ces hommes assumant leur homosexualité et souhaitant la lier à la paternité, relèvent généralement l'argument efficace suivant : ce désir d'enfant doit se concrétiser car c'est un acte fait "par amour". Un enfant a besoin d'amour, et ils en ont à revendre, disent-ils.

L'amour est un sentiment profond qui consiste à donner, au contraire du désir qui conduit à prendre. Aimer la confiture de figues n'entraîne pas de sentiment d’amour pour le pot de confitures de figues. Le désir d'avoir un enfant est difficile à saisir parce qu’il entretient une relation difficile et ambiguë avec les besoins et les pulsions, mais aussi parce qu’il se présente sous la forme paradoxale d’un déchirement qui comble.

Ce que certains hommes ont entrepris est une démarche pour l’instant peu fréquente mais pourrait, dans l’avenir, devenir habituelle. Dans les sociétés occidentales, qui se veulent et surtout se disent "progressives", ce type de méthodes parait pour certains une avancée sociale considérable. Pour d’autres, il s'agit là d'une transgression ni honorable, ni respectable, ni progressiste.

Tout être humain doit pouvoir connaître ses procréateurs

Il est vrai qu’à priori ces considérations reposent sur des faits qui ne concernent, pour l’instant, que des hommes plutôt fortunés, possédant une influence sociale appropriée. Depuis toujours, les naissances humaines sont le résultat d’une adéquation à la fois miraculeuse et biologique entre deux entités humaines complémentaires, un homme et une femme, qui sont aussi la mère et le père biologique. C’est cette dernière notion qui doit être respectée. Tout être humain doit pouvoir connaître ses procréateurs, même si ce sont d’autres personnes qui les élèvent.

La paternité gay et la maternité lesbienne sont traversées par des intérêts communs et antagonistes à la fois. Il est nécessaire pour les appréhender de les articuler avec la question du sexe (homme/femme), du désir sexuel (gay/lesbien) et du genre parental (père/mère). Gays et lesbiennes partagent en commun le fait d’être homosexuels et ceci les situe socialement par rapport à la domination hétérosexuelle. En revanche, gays et lesbiennes ne sont pas de même sexe, et ne partagent pas le même objet d’amour ou de jouissance. Dans le cas présent les deux partenaires, certainement amoureux pour l’éternité, veulent partager cet amour à travers un enfant. Ce désir est à leurs yeux une preuve d’amour. Il assure que leur enfant sera le plus aimé du monde. Qui pourrait ne pas comprendre ? Qui oserait s’opposer à tant de ferveur ? Qui pourrait empêcher deux personnes aimantes de vouloir s’approprier un enfant pour partager leur bonheur ? Ils veulent un enfant et disent avoir le droit d’avoir un enfant. Voilà l’argument suprême : le droit à l’enfant.

Un enfant ne peut être considéré comme un bien anodin

Ensembles, les couple homosexuels ne peuvent pas concevoir un enfant, ils ont donc besoin du concours d'une femme qui puisse mettre à leur disposition son matériel génétique dans l'étreinte chaleureuse d'un laboratoire clinique. La femme, qui sert ici uniquement de "pondeuse", n’est pas considérée en tant que personne mais en tant que "gestatrice" ou "couveuse humaine".

Lorsqu'un enfant perd une mère ou un père en raison de son décès ou de son abandon, nous appelons cela, à juste titre, une perte tragique pour l'enfant. Nous savons que l'enfant va souffrir énormément pour la perte. Pourtant, lorsque un couple d'hommes achètent un bébé à une mère de substitution, tout à coup nous oublions la nécessité de la mère et du père dans la vie d'un enfant. Qu'un enfant soit délibérément privé de sa mère ne nous dérange pas, parce que les préférences sexuelles des hommes impliqués doivent être satisfaites en priorité.

Les techniques qui entraînent la dissociation des gestateurs par l’intrusion d’une tiers personne hors du couple, par le don de sperme, d’ovules, ou d'utérus de substitution, sont à la fois choquantes mais aussi admirables d'un point de vue du progrès scientifique. Ces techniques d'insémination artificielle hétérologue et de fécondation posent tout normalement question dans la mesure où elles sont susceptibles de porter atteinte au droit de l'enfant de naître d'un père et d'une mère connus de lui. Un enfant ne peut être considéré comme un bien anodin, une idée à laquelle un prétendu droit à l'enfant ne doit pas conduire. Dans ce domaine, seul l’enfant possède de véritables droits, celui d’être le fruit de l’acte concret de l’amour conjugal de ses parents et le droit d’être respecté en tant que personne à partir du jour de sa conception. La personne qui a des droits réels et inviolables est l’enfant.

Il serait préférable de permettre de donner la priorité des adoptions aux couples homosexuels selon des conditions restrictives et d'éviter au maximum les procréations par gestations pour autrui. Quelques cas peuvent être gérés par la société, car il faudra une vingtaine d'années, avant de faire le point sur les conséquences de ces nouvelles pratiques.

publicité

Devenez auteur, devenez weborateur !
Connectez-vous et proposez vos articles à la rédaction. Ils pourront être publiés dans le Journal.

Commentaires (0)

Proposer un article
Aucun commentaire publié pour l'instant. Soyez le premier !