Violence conjugale : la complexité de fuir le foyer et trouver un refuge

Au cours de la dernière année en France, il y a eu plus de 80 000 cas de violence à l'égard des femmes, soit 9 cas toutes les heures. Il est indispensable de disposer de refuges pour pouvoir les sortir de chez elles, mais ce n’est pas la seule chose dont les victimes ont besoin.

Quelle est la marche à suivre pour atteindre ces refuges et quels programmes l’État a aujourd'hui pour que ces femmes puissent aller de l’avant. "Il voulait me pendre trois fois par jours" dit Maria à propos de son mari, avec qui elle vivait depuis 27 ans. Un jour, il la menaça en lui mettant un couteau sur le cou. Ce fut le point de rupture. Puis il l'a séquestré dans sa propre maison et ce n'est que lorsqu'il partit travailler qu'elle pu s'échapper avec sa fille de 11 ans. Elle s'est rendue dans un refuge pour y être protégée, avec la volonté d'en finir avec cette violence insoutenable. Désespérée, elle a pris une décision difficile.

C'est un refuge pour femmes victimes de violence sexiste. En plus de rompre une relation, cela implique de quitter la maison familiale, dans de nombreux cas avec de jeunes enfants et peu de temps pour prendre leurs affaires. Parfois les femmes arrivent seulement avec ce qu'elles portent sur elles et n'ont ni leurs papiers ni ceux des enfants. Le refuge les aide tout au long du processus, en leur fournissant des vêtements et en obtenant les documents nécessaires.

Les femmes qui sont contraintes de se rendre dans un refuge sont celles qui ont le moins de ressources économiques et sociales. Mais heureusement, certaines femmes disposent d'une aide familiale et peuvent trouver refuge chez des parents ou des amis. Très rarement, elles peuvent se rendre dans un hôtel ce qui implique des moyens financiers importants.

Le refuge est une possibilité de sortir d'une relation violente et dommageable, du danger imminent dans lequel elles se trouvent et au début d'une nouvelle vie loin de l'agresseur. Mais, pour que cela se produise, il faut non seulement que le refuge abrite la femme dans l'urgence, mais qu'il l'aide également à progresser, à être autonome et à ne pas reprendre ses relations. La disponibilité d’endroits sûrs, qui offrent de l’aide et de la protection aux femmes victimes de violence, varie considérablement d’une région à l’autre.

Il existe plusieurs centres d'hébergement dont l'emplacement est tenu secret afin d'éviter que les agresseurs retrouvent leur victime. Les mesures d'hébergement sont strictes, parfois la femme, par exemple, ne peut pas quitter les lieux sans escorte policière. Dans d’autres cas, ce sont des centres connus où les femmes peuvent aller et venir voir des aides médicales et participer à des ateliers.

Un rapport des Nations unies sur la violence à l'égard des femmes, publié en avril 2017, recommande d'évaluer la nécessité d'ouvrir des centres d'accueil et de veiller à ce qu'il y ait suffisamment de zones de sécurité dans chaque département ou territoire, selon les pays.

S'échapper d'une relation violente et atteindre un refuge sûr est en soi une odyssée. Mais la chose la plus difficile est de reconstruire sa vie. La situation de chaque femme varie beaucoup, et parfois elles doivent tout recommencer à zéro, quitter le quartier, trouver un foyer, un travail, une école pour leurs enfants et refaire leurs réseaux sociaux. Et il y a peu d'aide pour ce processus.

Le temps qu'une femme peut passer dans l'un de ces centres varie considérablement selon les cas. Parfois, quelques jours ou quelques semaines suffisent. Dans d'autres cas, en raison de difficultés juridiques complexes ou de danger réel mettent la vie de la victime en jeu, la prise en charge peut prendre des mois. Les niveaux de sécurité des centres varient également beaucoup.

Les centres d'hébergement en général ont des équipes qui soutiennent les femmes dans leurs procédures judiciaires contre leurs agresseurs et les aident à naviguer dans les labyrinthes judiciaires dans lesquels elles peuvent tomber. Ils ont également des psychologues qui les accompagnent dans le processus émotionnel, la relation avec leurs enfants et reviennent ensuite pour reprendre le contact avec la famille et les amis éventuellement partis au cours de la relation avec l'agresseur.

Les procédures ont tendance à être lourdes et difficiles pour une femme seule, vulnérable et souvent responsable de jeunes enfants, de sorte que les besoins varient considérablement selon les cas. Quand la femme n'a pas de ressources, il faut beaucoup demander à l'État, la protection de la police, la possibilité d'entrer sur le marché du travail, la justice, le logement. C’est très compliqué, ce n’est pas seulement en raison de la prise de pouvoir émotionnelle, ce qui est très important, mais parce que lorsque vous êtes arrivé au centre d’hébergement, vous demandez à cette femme d’être presque une super-héros, car l’État n’ouvre pas toutes ces portes.

Le pire résultat peut arriver quand la victime quitte le refuge, sans aucune ressource financière et n'a, finalement, aucune autre alternative que de retourner vers la relation dont elle s’était échappée. Il est, en effet, très fréquents, surtout lors de la première fuite du domicile, que les femmes n’ayant aucun réseau pour les aider, finissent par revenir chez leur agresseur. Dans le meilleur des cas, quelques femmes parviennent à utiliser le recours de proches, amis ou famille, auprès desquels, entourées d'affections et confortées par des supports matériels, peuvent vraiment commencer une nouvelle vie.

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