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L'éducation et le mythe libéral de l'égalité des chances

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L'intelligence innée des personnes est assez similaire. Notre environnement, notre famille, notre culture et nos établissements d’enseignement sont les principaux responsables de nos capacités cognitives et de nos facultés critiques.

Le fait est que nos talents innés ne sont pas très différents. Certaines personnes naissent avec des gènes qui leur permettent d'atteindre une hauteur de deux mètres, alors que d'autres atteindront à peine un mètre, ce sont néanmoins des différences génétiques mineures. À cet égard, le capitalisme fonctionne comme une monarchie dépassée : un individu né dans une famille riche et instruite est par essence un petit "prince". Il a accès à tous les moyens d’apprentissage, tels que l'apport et l’orientation parentale, les meilleurs établissements d’enseignement, tous les livres nécessaires, les bibliothèques et Internet. Il bénéficie de la pression des pairs, de la motivation induite par les exemples, les discussions et les débats intellectuels avec des personnes de son milieu et du secours, si nécessaire, d'enseignants bien informés.

Le système économique et politique engendrent la stratification sociale

En revanche, un paysan pauvre n’a pas les moyens de se cultiver et pas beaucoup plus d'aider ses enfants à le faire. Ainsi, lorsque les néolibéraux reprochent aux non-éduqués leur manque d’éducation, ils accusent en réalité les victimes de leurs malheurs, comme ils accuseraient une personne affamée d'avoir faim. Ils doivent blâmer les injustices structurelles et le système économique et politique qui engendrent la stratification sociale et l’inégalité des chances qui en résulte en matière d’éducation.

Les écoles publiques des pays développés fournissent une éducation de qualité à tous les citoyens, quelle que soit leur classe sociale, car dans des pays comme le Royaume-Uni ou la France, les crédits budgétaires alloués à l'enseignement public dépassent 100 milliards d'euros pour une population de 65 millions d'habitants. 137,4 milliards d'euros par an, soit 4356 euros par seconde (compteur) sont dépensés pour l'éducation en France. Avec environ 12 millions élèves, le budget de l'éducation représente 6,3% du PIB français et 2110 euros par habitant.

Pour des pays du tiers monde, comme le Pakistan, le budget de l’éducation est d’environ 5 milliards de dollars pour une population de plus de 200 millions d’habitants. Ainsi, l’égalité des chances, directement liée à l’égalité en matière d’éducation, a été assurée dans les pays développés, mais pas dans le tiers monde.

Dans les pays en développement du tiers monde, il existe des écoles privées d’élite, qui offrent des cours de hauts niveaux. La qualité de l’enseignement dans ces établissements est plutôt bonne, mais leurs frais de scolarité et autres dépenses sont si exorbitants que seule la classe moyenne supérieure peut mettre les enfants dans de telles écoles. Les écoles du secteurs public et privé répondent toutes deux aux besoins éducatifs des enfants des classes moyennes et inférieures. 

Sans éducation, les gens ne sont pas équipés pour survivre

Il existe également des écoles publiques, qui sont gérées par les départements d’éducation provinciaux. Les frais de scolarité dans de telles écoles sont assez minimes, tout comme le niveau d’éducation qu’elles transmettent. Ces institutions répondent aux besoins éducatifs des enfants des classes moyennes pauvres.

Aujourd'hui, sans éducation, les gens ne sont pas équipés pour survivre. De même, ceux qui ne savent ni lire ni écrire peuvent survivre grâce à leurs réseaux sociaux traditionnels dans les villages mais pas dans les villes modernes. L'évolution biologique repose sur le principe cardinal de la sélection naturelle et de la survie du plus apte. L’adaptation à l’environnement est la seule loi qui assure notre survie. Dans le monde complexe actuel, chaque nouveau-né est inapte à survivre jusqu'à ce qu'il reçoive une éducation adéquate.

Plus précisément, le manque de forme physique d’un individu ou d’un groupe social n’est pas de sa propre faute, mais de la faute de la société dans son ensemble. La chance d'être né dans une famille de la classe moyenne supérieure vous équipe par défaut de tous les outils nécessaires à la survie et au progrès. L’égalité des chances, qui est l’axiome fondamental de la vision du monde égalitaire moderne, est directement liée à l’égalité d’éducation, ou du moins à l’égalité des chances en matière d’éducation.

Dans les sociétés capitalistes néolibérales du tiers monde, seuls les enfants des classes supérieures bénéficient d'une éducation appropriée, essentielle à la mobilité sociale vers le haut, alors que les enfants des masses reçoivent à peine une éducation suffisante pour devenir des commis et des techniciens, mais en ce qui concerne le perfectionnement de ses capacités cognitives et de ses facultés critiques, leur potentiel optimal ne se réalise pas.

En France, l'ascenseur social s'est érodé

En 50 ans, en France, l'ascenseur social mis en place au début du XXe siècle par Jules Ferry s'est érodé au fil des années d'un système anthropophage créé par le néo-libéralisme et le mondialisme. Nous avons des institutions qui creusent, chaque année, l’écart entre les meilleurs et les moins bons. Quelques institutions qui, pour dénicher quelques prodiges, sacrifient des centaines de classes remplies d’esprits qu’elles dégoûtent à jamais de s’intéresser, de progresser.

Au cours du XXe siècle, à deux reprises la mobilisation a fait bouger les choses en profondeur. De 1948 à 1968 d’abord, le taux d’accès au baccalauréat pour une génération a été multiplié par quatre, et ensuite les années 80 ont vu ce même taux d’accès passer en dix ans de 30% à plus de 60%. 

L'effet pervers du discours officiel sur l’égale dignité de toutes les voies du lycée et sur la revalorisation de la voie professionnelle se trouve être un enfer pavé de bonnes intentions. En légitimant les orientations vers les voies technologiques et professionnelles, il s'est produit une baisse de l’orientation vers la voie générale qui, comme par hasard, a touché les élèves des milieux les moins favorisés. Il s'agit là de la plus insupportable inégalité entre les individus qui s'est installée peu à peu depuis les années 1970.

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