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Carnet de bord d'Emmanuelle

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Réagir aux mendiants de Paris

mendiant

J'ai vécu 10 mois dans la capitale parisienne et la mendicité est un des phénomènes qui m'a le plus marqué. J'ai grandi dans une grande ville Nice, donc je suis tout de même familière d'avec les sans-domicile et les mendiants, mais il y a quelque chose à Paris de différent : leur nombre et leur discours. Durant ces 10 mois il n'y a pas une seule fois où j'ai pu impunément les ignorer, ils étaient dans ma tête et participer à une bataille que je me livrais intérieurement : comment réagir ?

​À Paris la mendicité se traduit soit par des personnes seules d'un âge moyen qui demandent de l'argent dans le métro, soit par des familles, des personnes âgées, postées à un coin de rue. Je prenais le même métro tous les matins, et je croisais sur le chemin du travail un minimum de quatre mendiants. Il y avait la vielle dame presque aveugle à l'entrée du métro, puis le vieux monsieur dans le métro, puis deux ou trois selon les journées se relayaient dans la rame.

Au premier jour vient l'empathie 

Bien sur, le premier réflexe d'une personne qui n'a jamais été tant confrontée à la mendicité est de rentrer dans l'empathie. Cela peut engendrer trois actions : le don d'argent, le don de soi (discussion, nourriture...) et le regard de compassion. La plupart du temps évidemment et étant donné que j'étais une étudiante dépendante financièrement de ses parents, je me contentais de la troisième action plus passive souvent accompagné d'un "désolée je n'ai rien". Puis je me disais qu'au moins je ne les ignorais pas non plus. De toute façon peu importait l'action que je décidais de faire, je me retrouvais très régulièrement pendant plus de dix minutes à réfléchir : qu'est-ce que je peux faire de plus ? Comment les aider ? Est-ce que je suis une bonne personne à laisser faire ça ?

Le pire est lorsque des enfants viennent mendier, ils parlent souvent mal, sont vêtus de bouts de tissus... Plus d'une fois je me suis surprise à vouloir les kidnapper et les emmener dans mon petit studio, pour leur donner un toit, une douche et de la nourriture. Mais je n'ai rien fait. 

Puis naissent la colère et l'agacement 

Au bout de quelques mois, lorsque j'entendais pour la deux-centième fois depuis ma venue dans la capitale la logorrhé de Gérard, Moussa, Salma, Mireille qui étaient quasi-identiques, j'ai commencé à passer de l'empathie à l'agacement. Ce qui bien sur dans ma tête me valait une énorme culpabilité : eux aussi doivent-être agacer de vivre dans la rue ? Quelle égoïste avec ta petite vie de bourgeoise tu es agacée par des personnes qui n'ont rien ?

Pourtant je continuais d'être franchement énervée. J'avais appris (et je ne sais toujours pas si c'est véridique ou pour donner bonne conscience aux gens qui ne donnent rien) que les femmes avec leur enfant leurs administraient des sédatifs pour qu'ils dorment et qu'ils restent tranquilles. Les enfants ne seraient là que pour attiser la pitié des gens, surtout dans la communauté des roms. Cela participait à m'énerver et je regardais généralement très mal la femme du dernier arrêt qui entrait chaque semaine demander une pièce, son bébé sur le ventre totalement endormi.

"Je m'appelle Gérard, je suis handicapée par une maladie orpheline, après trois séjours à l'hôpital où ils ont décidé de m'amputer le bras, j'ai tout perdu. J'ai trois enfants et nous vivons dans la rue. Pouvez-vous m'aider d'une petite pièce ou d'un petit ticket restau" ...

Qu'est-ce qu'une pièce ou un ticket restaurant allaient changer pour ces gens, c'est devant les mairies qu'ils devraient entonner leur discours, si celui-ci était vrai. Une personne dans une détresse pareil doit pouvoir obtenir des aides ? Il doit bien exister des associations ?

Tous les jours, dans le métro mes raisonnements se bousculaient et se contredisaient. Un jour je donnais toute ma monnaie et un autre je ne levais même pas les yeux. Toujours cependant dans ma tête résonnaient les mêmes questions, les mêmes phrases et j'en devenais presque folle.

Enfin arrive la peine et l'envie de déguerpir 

​Vers la fin de mon séjour, et alors que je savais que mon temps ici était compté, j'ai commencé à avoir une peine si forte. D'abord pour les enfants, qui ne choisissent pas de vivre dans la rue, qui n'ont pas d'autres modèles et qui reproduiront sans doute la même chose que leur parent. Qui n'ont connu que regards de compassion. Alors je m'en vais leur acheter des pains au chocolat. Au moins je sais que cet argent ne sert pas à financer je ne sais quelle mafia, où à payer des sédatifs pour les parents, ils peuvent manger un bout, être bien deux minutes.

Puis la peine pour les personnes âgées, qui n'ont plus rien, parfois plus la santé. Il y a ce petit papi à la sortie du métro qui est là en période de grande chaleur comme de grand froid, et même sous la pluie il s'abrite sous un bout de plastique. Il espère peut être un miracle ou simplement de quoi manger ce soir. Son miracle à lui serait de pouvoir grignoter un bout j'imagine.

La vérité c'est qu'on ne peut pas se mettre à leur place à moins de leur parler. Mais peu parle la langue. Alors on essaye une première fois et on abandonne vite en se disant : "j'ai essayé". Ce que je savais c'est que je ne pouvais plus accepter de voir cette misère devant mes yeux chaque jours, alors plutôt que d'agir et de m'engager dans une association je suis rentrée chez moi à Nice. Ils sont moins nombreux, on les connait presque tous en ville. Je sais qu'ils sont aidés. Ça m'aide à mieux me sentir.

​Bilan : 

Même si je ne suis pas rentrée à Nice pour cette raison, j'ai été vraiment soulagée de ne plus faire face à cette misère. Il y a encore des éléments où la frontière entre la réalité et les on-dits est trop importante. Est-ce qu'on finance une mafia en donnant à un enfant roms ? Est-ce que Gérard vit vraiment la vie qu'il nous raconte ? Je ne saurais pas vous donner les réponses.

Par contre, d'autres personnes le peuvent surement car elles sont bénévoles pour aider les personnes en situation de détresse dans la rue. Ce sont des associations parisiennes que vous pouvez retrouver ici : 

https://www.paris.fr/actualites/comment-aider-les-sans-abris-5285.

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